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La Bioéconomie : un nouveau défi pour la transition écologique

Il y a environ quatre mois l’ONU a décrété l’urgence climatique en nous annonçant qu’il nous restait « douze ans pour agir contre le changement climatique ». Cette situation nous rappelle celle des années 1970 qui avaient vu se mobiliser des scientifiques venus de divers horizons. Des sciences économiques à la biologie en passant par les sciences politiques, nombreuses sont qui ont collaboré pour proposer des solutions.  Le célèbre rapport du MIT The Limits to Growth de l’équipe de Dennis Meadows en témoigne, mais n’est pas le seul. Bien que critiques vis-à-vis de celui-ci, certains chercheurs du Science Policy Research Unit (Royaume-Uni) dans l’ouvrage Thinking About the Future: A Critique of the Limits to Growth, mais aussi l’économiste Nicholas Georgescu-Roegen qui fait appel à la prudence en prônant la « décroissance » et l’usage de technologies prométhéennes. Ces conceptions scientifiques ont cependant considéré les innovations et le changement technique comme leur principal point commun.

Le changement technique intégrant la problématique environnementale, que l’on appelle innovation environnementale, ou éco-innovation, nourrit depuis les années 1980 de nombreux espoirs, mais aussi des désillusions comme l’explique le récent ouvrage Innovation environnementale et écoconception : certitudes et controverses chez ISTE (2018). C’est à cette même époque que de nouvelles trajectoires d’innovations issues du monde de la chimie et de la biologie apparaissent pour renouer l’économique et le vivant autour du paradigme de la « Bioéconomie ».

De nos jours, la Bioéconomie s’inscrit comme un nouveau paradigme de la croissance « verte » et un déclencheur de la transition écologique. Elle dessine de nouveaux contours, comme l’illustrent les feuilles de route technologique de l’OCDE[1] (2009) et de la Commission européenne[2] (2017). Beaucoup d’espoir, en effet, nait autour de l’agroécologie, des biotechnologies et des bioraffineries. Malgré cela, nous pouvons nuancer les apports de la Bioéconomie, car ce mot est polysémique et fait l’objet de diverses représentations qui ne sont pas sans conséquence. D’abord, de récents travaux scientifiques s’interrogent sur son sens : c’est le cas de l’analyse bibliométrique réalisé par le collectif d’Amato et al. (2017) nous invitant à comprendre les différences entre la Bioéconomie, l’économie verte et l’économie circulaire. D’autres, comme Jeanne Pahun, Eve Fouilleux et Benoît Daviron (2018), nous avertissent sur les conséquences d’un glissement sémantique réel qui désoriente le décideur public. Enfin, les récentes conclusions des travaux de l’équipe rémoise de l’Université de Reims du projet BIOCA (Bioéconomie en Champagne-Ardenne PSDR4) le confirment en démontrant qu’il n’existe pas pour l’instant de dominant design dans la Bioéconomie. Au contraire, Franck-Dominique Vivien, Martino Nieddu, Nicolas Béfort, Romain Debref et Mario Giampietro (2019) identifient trois formes de Bioéconomie répondant à leurs propres logiques et règles de fonctionnement. La première, la Bioéconomie de type I, c’est ainsi que l’équipe la nomme, se réduit à l’énergie et aux influences exercées par l’entropie sur l’évolution biologique, dont notre société fait partie. La Bioéconomie de type II se réduit, quant à elle, au monde de la génétique grâce aux biotechnologies estimés être à l’origine d’un nouveau cycle de Kondratieff. La dernière, appelée Bioéconomie de type III, tente d’absorber les deux autres en se structurant autour d’une économie du carbone biosourcé au prix de nombreuses résistances. Aussi, devant cette diversité, la transition écologique est loin d’avoir atteint son but et pose des questions profondes en matière de gouvernance de l’innovation.

Romain Debref

[1] Rapport OCDE «The Bioeconomy to 2030: designing a policy agenda.»

[2] Rapport de la Commission européenne : « Bioeconomy development in EU regions »

A propos de l’auteur : 

Romain Debref est Maitre de conférences en Sciences économiques au Laboratoire REGARDs, Université de Reims Champagne-Ardenne, Reims, France. Membre du projet Project – Bioeconomie in Champagne-Ardenne – (PSDR4)

Contact : romain.debref@univ-reims.fr

Pour aller plus loin : 

Debref.R. ,(2018),Innovation environnementale et écoconception : certitudes et controverses ISTE.,Vol. 14. , Londres. Disponible sur : https://iste-editions.fr/products/innovation-environnementale-et-ecoconception