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Vers l’Université Responsable : un label comme levier d’innovations responsables

 

La crise de la Covid-19 a fait prendre conscience de la nécessité d’une plus grande responsabilité de toutes les organisations dans la construction d’une société plus durable. C’est le cas des entreprises, mais aussi des universités dans leurs missions d’enseignement, de recherche et de valorisation de la recherche.

Les universités, fortes de leurs laboratoires de recherche et de leurs équipes pédagogiques, ont pour mission de produire les savoirs scientifiques, et de former les futurs décideurs. Elles ont naturellement vocation à s’emparer des enjeux de la transition écologique et du développement durable. Plusieurs institutions aussi bien internationales que régionales ont contribué à la promotion de la responsabilité sociale dans l’enseignement supérieur. Par exemple, l’OMS (1995), l’UNESCO (1998, 2009), le CDESR (2006), l’OCDE (2010) et l’UE (2015) qui intègrent la responsabilité de l’université dans le cadre plus large du développement durable.

Au cœur des sociétés de la connaissance et des écosystèmes d’innovation, les universités ne peuvent échapper au principe de responsabilité sociale qui va bien au-delà de leurs parties prenantes internes. Le projet EU-USR (2015) définit la responsabilité sociale des universités comme étant « la responsabilité des universités vis-à-vis des impacts de leurs décisions et activités dans la société et l’environnement, grâce à des stratégies transparentes et éthiques ».

Mais la question qui se pose est : « par quels moyens l’université parvient-elle à des impacts positifs et avec quels résultats ? »

Pour les universités en France, la loi Grenelle 1 (2009) a été un facteur clé de la mise en place d’une politique de Responsabilité Sociale des Universités (RSU). Ce cadre légal a été d’une importance majeure pour le recours aux labélisations pour le développement durable dans le contexte universitaire. Pour l’université, un label devient alors une certification obtenue pour avoir placé au cœur de sa stratégie des actions en faveur du développement durable et de la responsabilité sociale. Cependant, les labels existants sont pour la plupart trop généralistes sur le développement durable et non spécifiques aux activités de l’université.

Des labels plus orientés vers l’action, au travers d’innovations responsables, sont nécessaires. Loin est le temps où la fonction des savants ou des théoriciens était « de ne rien faire et de tout observer », comme l’expliquait Adam Smith dans La Richesse des Nations (1776) !

L’innovation responsable permet aux organisations de se transformer et de développer des produits, services et processus à impact positif pour la société et l’environnement. Pour inciter les établissements universitaires francophones dans le monde à mettre en œuvre des formes d’innovations responsables, l’AUF en coopération avec le RRI et plusieurs partenaires, ont lancé depuis octobre 2020 le « Label Francophone d’Innovation Responsable ». Ce label est en phase avec les Objectifs de Développement Durable afin d’encourager les établissements universitaires à contribuer à leur réalisation et à devenir « socialement responsables ».

Ainsi, nous pouvons considérer que l’université est responsable lorsqu’elle développe des innovations responsables dans 4 types de domaines :

Source : Mobhe-Bokoko

  1. Les innovations responsables dans le domaine organisationnel sont principalement liées à la bonne gouvernance, à la gestion éthique de l’administration académique, à une meilleure empreinte écologique, à la prise en compte des préoccupations des parties prenantes internes et externes. Elles visent à la création d’un campus responsable.
  2. Dans le domaine éducatif, elles sont liées à l’intégration du développement durable et de la responsabilité sociale dans les cursus universitaires. Elles incitent une approche globale de l’enseignement permettant une meilleure transmission des connaissances en lien avec les problèmes sociétaux actuels. Ces innovations responsables ont pour but de proposer une offre de formation pour faire émerger des professionnels responsables.
  3. Dans le domaine cognitif, ces innovations responsables sont liées à la production et diffusion des connaissances socialement pertinentes. Elles conduisent à l’élaboration des agendas de recherche intégrant les enjeux du développement durable, à l’intégration de l’éthique et du caractère participatif des processus de recherche, à l’accessibilité et vulgarisation des résultats de la recherche.
  4. Dans le domaine économique, les innovations responsables visent la commercialisation des produits de la recherche et le transfert des technologies vers les acteurs économiques en réponses aux défis actuels et futurs. Par le biais d’innovation responsables, la valorisation de la recherche (brevet, spin-off universitaire, conseil, etc.) intègre des enjeux du développement durable.

 

Historiquement considérées comme la source privilégiée d’une connaissance diversifiée et  accessible à tous, les évolutions récentes des universités (massification, autonomie, multiplication des missions…) amènent à questionner leur rôle, leur position dans la société et leur « responsabilité ». Le « Label francophone de l’innovation responsable » se présente donc comme un outil d’accompagnement des établissements universitaires dans la mise en œuvre des projets d’innovations responsables. Les critères du label permettent d’évaluer les impacts du processus et des résultats des innovations responsables dans le contexte universitaire.

Par 

Dave MOBHE BOKOKO

ISI/Lab.RII, Université du Littoral Côté d’Opale

 

Appel à participation :