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Les services comme « levier écologique » de l’industrie

 

Le secteur industriel a toujours été perçu comme générateur de nuisances. Depuis les années 70, la prise de conscience du caractère mondial des conséquences de la pollution des entreprises a conduit les gouvernements à adopter de nouvelles réflexions. L’une d’entre elles, l’économie circulaire, repose sur l’idée qu’une transformation du système industriel est indispensable pour que cette économie reste compatible avec l’environnement naturel. L’économie circulaire, qui vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et services) tout en développant le bien-être des individus (Ademe), est aujourd’hui bien intégrée dans les politiques publiques environnementales. Le rôle des activités de service, ou des fonctions de service dans cette transformation industrielle, est encore assez peu étudié dans la littérature.

Pourtant les activités de services ont toujours fait partie intégrante des systèmes industriels. Depuis les années 2000, la professionnalisation et la qualité des services ont encore augmenté. Les services servent d’appui aux démarches environnementales des industries et sont au cœur de certains nouveaux modèles d’affaires, tels que l’économie de la fonctionnalité. Reprenons les démarches opérationnelles décrites par l’Ademe.

*L’écologie industrielle vise à réorganiser le système industriel de façon à le rendre compatible avec la biosphère et viable à long terme. Bien que peu mises en avant, les activités de service (privées, publiques ou associatives) jouent un rôle important dans cet écosystème. Au-delà des fonctions traditionnelles (transport, logistique, fourniture d’eau ou d’électricité), les fonctions de service de conseil (aide à la décision), de formation (à la valorisation des déchets, au nouveaux business models), de coordination, ainsi que les fonctions de services de structuration et de soutien détenues par les collectivités publiques et l’Etat, contribuent à rendre ces projets rentables et réduisent les difficultés auxquelles l’écologie industrielle fait face (difficultés technique, économiques, mais aussi informationnelles, organisationnelles, réglementaires).

* Dans l’approche de l’économie de la fonctionnalité (ou, notion voisine, les systèmes produit-service), les services ne participent pas tant à la réduction des difficultés rencontrées par l’industrie, mais plutôt à la création d’une nouvelle valeur. Dans ce modèle, la vente de biens est substituée à la vente d’un service, ce qui favorise une réduction des consommations de matières premières et d’énergie, et permet de « renouveler l’industrie » en insérant la logique servicielle dans les modes de production et de consommation.

*L’éco-conception concerne la première phase de la vie du produit. Cette phase de recherche, permet de diminuer la pression environnementale du bien, en réfléchissant dès sa conception à réduire les matières, les transports, faciliter la réparation et la récupération du bien. L’éco-conception requiert la participation de nombreuses fonctions de service au sein de l’entreprise (service de conception, service marketing, service achats, production, service qualité).

*La réflexion sur l’approvisionnement durable peut aussi inclure la consommation de service, dans le but de prolonger la durée de vie du produit, ou les démarches d’économie de fonctionnalité, lorsque l’utilisateur choisit de satisfaire un besoin par l’achat d’un service plutôt que d’un bien.

* Les consommateurs agissent sur le bouclage des systèmes d’économie circulaire via deux démarches : leur consommation durable et l’allongement de la durée d’usage qu’ils font du produit. Or, ces initiatives individuelles nécessitent l’intervention d’activités ou de fonctions de service pour être effectives (éducation, formation, conseil, réparation, recyclage).

* La récupération des produits et des emballages industriels (service après-vente, gestion des invendus) et le recyclage s’appuient sur des activités de services tout au long de la chaine d’approvisionnement (services de collecte de type récupérateurs et recycleurs, services de transport-logistique, services de revente…).

La contribution des services est nécessaire au bon fonctionnement des écosystèmes industriels, et constitue un levier « écologique » aux industries : en organisant les relations marchandes, en mobilisant les acteurs, les activités de service réduisent les coûts de transaction relatifs à la mise en œuvre et au fonctionnement des projets, que ce soit des projets de symbioses industrielles, d’économie de la fonctionnalité ou de toute autre démarche d’économie circulaire. Les activités de services publics, participent aussi à la production de valeur de ces entreprises (fonction d’information, formation, soutien et coordination). Soulignons cependant l’hétérogénéité des activités de service : si l’immatérialité des services contribue à réduire l’impact de ces activités sur l’environnement, certaines activités de service demeurent très matérielles et polluantes (comme les prestations de transports). D’autres activités plus immatérielles (par exemple, les firmes de conseil) ont aussi un impact sur l’environnement dans la mesure où leur matérialité s’accroit au cours du temps (développement d’équipements et de data center liés à l’utilisation du numérique).

L’économie circulaire doit prendre en compte l’ensemble de ces paramètres industriels et serviciels dans ces démarches opérationnelles afin de réduire l’impact sur l’environnement. La question de la dimension spatiale et du territoire de référence de l’économie circulaire est essentielle au bon fonctionnement du système. L’un des challenges de l’économie circulaire, notamment dans la démarche d’économie de la fonctionnalité, est de répondre un besoin global comportant des enjeux territoriaux (mobilité, santé, éducation, habitat, etc). Cette réponse s’effectue en optimisant le complexe « biens-services » proposé.

Par Céline Merlin-Brogniart

 

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