Edito du mois d’août 2017

« Les enjeux de ‘l’innovation agile' », par Laurent Dupont, Laure Morel*

Les transitions énergétique, écologique, économique et sociale transforment les entreprises, les institutions et les territoires, nous invitant à repenser nos pratiques, savoirs et modes de gouvernance. De plus, à l’ère de la globalisation, de l’hyper augmentation des capacités du numérique ou de l’intelligence artificielle, ces changements se traduisent par la recherche et mise en place d’équilibres inédits. Consciemment ou pas, les organisations, publiques ou privées, grandes ou petites, adaptent leurs stratégies, leurs modèles d’affaires, leurs projets, voire redéfinissent leur rôle au sein de leur environnement technologique, économique et sociétal (i.e. leur écosystème). Ces orientations sont interdépendantes des contextes qui les voient naitre, et l’aboutissement de ces nouvelles actions reste contingent.

La transformation de notre société implique donc d’appréhender des ruptures, des ensembles recomposés et de nouveaux défis. En d’autres termes, il s’agit d’accepter l’incertitude, donc une certaine part d’inconnu et de non maitrise, tout en développant notre faculté à être pleinement conscient de ce qui forge nos organisations, de ce qu’elles sont et de leur évolutions possibles. Ainsi, différentes nécessités, visions, ambitions, parfois même croyances peuvent rentrer en interactions.

Ainsi, notre environnement montre régulièrement sa capacité à faire jaillir l’inattendu dans un ordre établi ou proposer des réponses nouvelles dans une situation critique. L’émergence de nouveauté peut être salutaire ou bousculer un confort appréciable. Notre capacité d’acceptation et surtout d’appropriation provient notamment de notre prédisposition aux changements, à nous changer nous mêmes, voire à faire changer notre organisation ou notre environnement. En d’autres termes, le développement d’innovations (des inventions socialisées) est la convergence d’agilités extérieures (dont nous bénéficions) et intérieures (dont nous faisons preuve).

Nous définissons dès lors l’innovation agile comme un processus souple transformant les individus, leur organisation et leur environnement avec trois enjeux distincts :

  • Les individus et leurs interactions, traduites par des processus et des outils agiles.

Les processus et outils sont au service de l’épanouissement des individus en symbiose avec leur écosystème. Les expertises individuelles doivent être mises en résonnance pour éclairer les enjeux et co-construire des solutions partagées et soutenables.

  • La collaboration entre les parties, traduites par une contractualisation souple et le développement de rapports de confiance.

Contrat et confiance ne sont plus dissociés mais imbriqués, les deux se renforcent et favorisent l’innovation. Le contrat propose un cadre de fonctionnement dans un contexte d’incertitudes. La confiance est à la fois la croyance que les autres seront bienveillants à notre égard et qu’ils seront motivés et capables d’honorer leurs engagements. La construction d’un sens partagé et d’une compréhension actualisée des besoins et du cadre des possibles renforce la confiance et permettent d’ajuster le contrat.

  • L’incarnation du changement, traduit par l’expérimentation, l’accueil des opportunités et le droit à l’erreur.

Au sein des organisations, l’innovation agile invite les individus à devenir proactifs ensemble et à co-construire le futur souhaité collectivement. Cela passe aussi par une prise en compte et l’articulation des temps individuel, organisationnel et écosystémique.

Débats, analyses et perspectives : Ecole d’été du Réseau de Recherche sur l’Innovation, « L’innovation agile : Quels défis pour les individus, les organisations et les territoires ? », Nancy, les 28 et 29 août 2017. Pour s’inscrire : https://rni2017.event.univ-lorraine.fr/

* Université de Lorraine, Laboratoire ERPI, Réseau de Recherche sur l’Innovation