Découvrez l’édito du mois de juin 2018

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La socialisation des processus d’innovation par Dimitri UZUNIDIS*

L’entrepreneur et l’entreprise, à travers de multiples partenariats, sont au centre d’un éco-système constitué d’un collectif d’acteurs qui mobilisent diverses capacités productives (matérielles et cognitives). Dans ce cas, par leurs fonctions, l’entreprise et l’entrepreneur créent des collectifs d’innovation, mais aussi favorisent l’émergence d’innovations collectives : clusters, espaces de coworking, FabLabs, Living Labs, etc. Le « milieu innovateur » favorise le développement de réseaux d’innovation. Il émerge dans les économies où les ressources en connaissances (et par conséquent informationnelles, scientifiques, techniques, industrielles et financières) et les capacités d’apprentissage technologique sont suffisamment importantes pour que l’innovation puisse se présenter comme une aventure collective. Les processus d’innovation entretiennent une relation causale avec un problème – technologique, économique, social – posé à l’économie de marché et identifié consciemment ou inconsciemment par ses acteurs. L’innovation est ainsi liée à la recherche de la solution optimale à ce problème. Ceci suppose l’usage de connaissances et d’informations provenant de la pratique, de l’expérience et de l’activité scientifique.  L’innovation est elle-même un processus collectif, cumulatif et historique défini par sept caractéristiques majeures : a) les impacts de l’innovation sont difficilement prévisibles ; b) l’échelle de diffusion de l’innovation est difficilement calculable ; c) les activités innovantes sont asymétriques et décalées dans le temps ; d) le temps d’apprentissage, d’exécution et de diffusion joue un rôle capital dans l’acte d’innover ; e) le climat des affaires conditionne le temps, l’échelle, la nature et les impacts de l’innovation ; f) l’espace de réalisation, autrement dit les distances géographiques et de communication, favorise ou, au contraire, entrave l’accès à l’information et à la connaissance stratégique du processus d’innovation ; g) les innovations sont interdépendantes ; le risque lié aux coûts et au temps fait que l’innovation est parfois – ou à la fois – un acte collectif et parfois le résultat de la collectivisation de ses inputs.

La stratégie d’une organisation innovante est fondée sur le modèle des trois « A » : analyser ses propres forces et faiblesses et celles du contexte technique, économique et social pour anticiper le changement et agir pour s’adapter ou, au contraire, pour conduire le changement. Décision et pouvoir sont les deux maîtres mots du management de l’entreprise. Le système de décision de cette dernière assure la régulation de ses activités. Il est construit par le jeu de pouvoir et de contrôle entre ses propriétaires et sert à définir le pouvoir décisionnel de sa « technostructure ». L’entreprise est contrainte d’accroître sa taille et renforcer son pouvoir sur le marché pour ne pas disparaître. Pour ce faire, elle doit réduire l’incertitude qui caractérise le fonctionnement du marché en se donnant tous les moyens nécessaires pour capter, trier, traiter et utiliser le plus grand nombre d’informations économiques, technologiques, financières, commerciales, politiques.

Plus l’environnement est changeant, plus la rotation du capital est rapide, plus le rythme d’innovations est élevé, plus le risque des affaires augmente. L’élargissement, l’intégration et le renouvellement continus des marchés augmentent les risques commerciaux et financiers. L’entreprise doit, alors, investir dans la formation d’un réseau de partenariats et/ou dans l’intégration des réseaux d’innovation existants pour s’armer contre ces risques grâce à l’accès à des compétences et à des connaissances rares, grâce au bénéfice qu’elle peut tirer des externalités intra-réseau ou encore grâce à l’intensification de ses relations avec les clients et les fournisseurs. Ce faisant, plus le monde avance, plus l’entreprise, par besoin de synchronisation, contribue à la socialisation des processus d’innovation et du changement socio-économico-technologique.

A lire : http://www.openscience.fr/Processus-collectifs-d-

*Réseau de Recherche sur l’Innovation (RRI), d.uzunidis@openscience.fr