Editos 2015

Décembre 2015, « l’innovation environnementale comme solution aux impasses économiques ? », par Romain DEBREF*

En cette fin d’année, les gouvernements, les industriels et les parties prenantes se réunissent lors de la Conférence sur le Climat (COP 21) à Paris pour trouver de nouveaux accords visant à lutter contre le réchauffement climatique. Ces discussions se tiennent notamment lors du Sustainable Innovation Forum 2015. Elles y révèlent l’espoir suscité par les innovations environnementales, ou éco-innovation, en s’érigeant comme des passerelles vers un développement soutenable. Cet engouement reste cependant à nuancer au regard des quatre décennies de débat au sein des sciences économiques.

À l’aube des années 1970, les membres du club de Rome s’appuient sur l’équipe de Dennis Meadows (1972) pour lancer officiellement une « halte à la croissance ». Les économistes de l’innovation de l’Université du Sussex, tels que Christopher Freeman et Keith Pavitt, renversent le débat dans leur ouvrage « L’anti-Malthus – une critique de « Halte à la croissance » rédigé en 1974. Ils y argueront que le débat « croissance contre décroissance » mérite d’être dépassé au profit d’une réflexion centrée sur la place des innovations. À cet égard, d’autres propositions fleurissent. D’une part, Nicholas Georgescu-Roegen (1971 ; 1984) intègre au cœur son programme bioéconomique la notion de technologies « prométhéennes » dans une perspective de décroissance. D’autre part, l’équipe française de recherche du CIRED** d’Ignacy Sachs avance des solutions concrètes pour modifier les modes de production dans une perspective d’écodéveloppement. A cette époque, ces contributions laissent donc penser que les innovations environnementales seraient la clé pour reconfigurer le système économique.

En dépit de l’engouement que le développement durable génère depuis, les années de recherche sur ce point névralgique de la transition révèlent l’existence d’une doctrine controversée. En effet, les travaux de l’économie écologique, de l’économie évolutionniste et de l’économie industrielle, ne suffisent pas encore à fixer ses frontières en raison de sa dimension systémique. C’est le cas de René Kemp s’interrogeant sur l’existence des sustainable technologies ou bien d’autres rappelant les risques d’effets rebonds inspirés de la thèse malthusienne de William Stanley Jevons et du postulat de Khazzom-Brookes dans les années 1980. Cette fragilité n’a pas empêché la sphère privée, dont les industriels, à se saisir des concepts, au point d’orienter la transition vers une « croissance verte », certes, mais sans pour autant changer radicalement l’ordre acquis. Ce constat s’observe très clairement lors du dernier sommet de la terre de Rio (Rio +20) en 2012, d’après Franck-Dominique Vivien et Michel Damian. Dès lors, réduire l’innovation environnementale à un simple deus ex machina ne suffit pas, car elle s’accompagne, dans toute sa complexité, de l’influence des institutions et de l’économie politique.

* Maître de conférences en Sciences économiques, laboratoire REGARDS, EA 6292, Université de Reims-Champagne-Ardenne
** Le Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement


Novembre 2015, « Circuits courts industriels, innovation et développement territorial intégré », par Fedoua KASMI*

Historiquement, les circuits courts ont vu le jour en France avant la première guerre mondiale, mais ont progressivement décliné au cours du XXe siècle avec l’étalement urbain, la division du travail, le développement des transports et l’internationalisation des marchés. Néanmoins ils se sont redéveloppés depuis le début des années 2000 sous des formes diverses et innovantes et font aujourd’hui l’objet de plusieurs recherches (notamment, à l’INRA, à l’Institut CDC pour la recherche…). La notion de circuits courts a d’abord été appliquée dans le cadre de l’agriculture et de l’alimentation (« circuits courts alimentaires ») pour exprimer la proximité entre le producteur et le consommateur, mais elle peut être associée à d’autres objets basés sur l’optimisation de l’utilisation des ressources locales notamment : l’écologie industrielle, l’économie circulaire, l’économie collaborative, le recyclage, l’énergie, l’éco-industries, le transports, l’innovation, les circuits financiers, la restauration du patrimoine, etc.

Les circuits courts reposent sur une vision systémique et intégrée du développement territorial, leur fonctionnement s’appuie principalement sur les trois dimensions de la proximité qui sont à l’origine d’effets d’agglomération (économies de coûts, infrastructures communes, partage de connaissances, etc.) : une dimension géographique qui renvoie à une distance spatiale, une dimension organisationnelle qui renvoie à la capacité d’échange entre acteurs et une dimension cognitive qui renvoie à la capacité d’apprentissage collectif. Dans ce sens, les circuits courts peuvent être générateurs d’innovations sur le territoire et contribuer ainsi à sa redynamisation.

Les innovations engendrées par les démarches en circuits courts ne sont pas seulement techniques, mais aussi organisationnelles et sociales. Elles sont fondées sur la combinaison des ressources locales et peuvent être un outil dynamique de création de nouveaux produits, services ou procédés ; de maintien et de création de nouvelles activités et filières sur le territoire (nouvelles entreprises attirées par les externalités positives réalisées) ; d’organisation de nouveaux réseaux (nouveaux liens entre entreprises et collectivités) ; de réinsertion sociale et professionnelle et de création de synergies entre territoires, favorisant ainsi la mutualisation de ressources et la complémentarité des compétences entre ces derniers. Le développement des circuits courts nécessite, en effet, une articulation des échelles territoriales (locale, régionale, nationale, voir même internationale).

Mais, le développement des circuits courts est confronté à plusieurs obstacles : des obstacles relationnels par manque d’informations et de communication ; des obstacles financiers du fait de l’amortissement des investissements sur le long terme et des besoins de financement importants ; des obstacles économiques liés à la présence de coûts supplémentaires principalement en amont de la démarche et des obstacles en termes de besoins en compétences et qualifications.

La gouvernance des projets en circuits courts peut jouer un rôle important dans leur développement, mais aussi dans la réduction de ces obstacles. Elle doit permettre la mise en interaction des différents acteurs. D’un coté les institutions publiques peuvent accompagner les acteurs économiques sur le long terme, en mettant en œuvre des programmes d’aide à la mise en place des démarches intégrées par les circuits courts. D’un autre coté, les acteurs privés peuvent développer des liens entre eux et établir des échanges réguliers afin de piloter des projets en circuits courts, contribuant ainsi à un développement territorial intégré.

*Clersé, ULCO, Réseau de Recherche sur l’Innovation

Octobre 2015, « La créativité entrepreneuriale », par Thierry Burger-Helmchen*

Pour faire un bon entrepreneur :
prenez une même quantité d’innovation et de créativité,
ajouter une pincée d’audace,
un soupçon de leardership,
une grande dose de courage,
bien mélanger le tout.
Se consomme à toutes les saisons.

La créativité et l’innovation sont mentionnées comme ingrédients de l’esprit d’entreprendre depuis les travaux séminaux de Schumpeter. Avant ces travaux, l’entrepreneur était vu comme un investisseur, quelqu’un qui prend des risques, qui marie les contradictions. Aujourd’hui, dire qu’un entrepreneur doit être créatif est devenu un poncif tant la recherche académique et le sens commun ont assimilé ces notions.

Depuis Schumpeter de nombreux chercheurs ont tenté d’identifier les liens spécifiques entre la créativité et l’entrepreneuriat. Les entrepreneurs sont des créateurs, mais cette création n’est pas nécessairement ex nihilo, elle peut provenir de recombinaisons innovantes et de ressources préexistantes. La créativité des entrepreneurs est fonction à part égale des circonstances particulières dans lesquels ils évoluent et de la personnalité des individus entreprenants. L’inné, l’expérience, la formation et les contraintes environnementales se croisent dans l’esprit créatif, dans l’esprit entrepreneurial.

Il est peu probable que le lancement d’une nouvelle entreprise soit réalisée avec une abondance de ressources, la rareté serait plutôt le maître mot. Aussi, la situation entrepreneuriale est caractérisée par une série de challenges, par le peu de crédibilité financière pour convaincre les financeurs, le nouveau produit ou service n’est pas connu, il n’y a pas de système ou de procédure pour manager les nombreuses activités nécessaires à la gestion de la nouvelle entreprise. La situation entrepreneuriale est donc caractérisée par une série de tensions et de paradoxes.

Paradoxalement, l’entrepreneur doit se concentrer sur ce qui est critique, sans pour autant négliger la mise en place de chaque procédure organisationnelle.

Paradoxalement, il doit combiner la nouveauté et la familiarité, il doit être créatif pour capter l’attention et utiliser des caractéristiques des anciens produits et services pour prévenir le rejet pur et simple.

Paradoxalement, l’entrepreneur doit être capable de mêler les processus divergent et convergent. Divergent pour générer une nouvelle idée, convergent pour réussir sa mise en œuvre collective.

Ainsi, les entrepreneurs ont à vivre avec des paradoxes à la fois en termes de processus internes et externes. Il n’est donc pas étonnant qu’ils se doivent d’être créatifs dans presque tout ce qu’ils font. Leur capacité d’innovation ne se limite pas au produit, au processus de production, à la compréhension du marché, à la présentation de l’offre et à l’organisation de l’industrie, comme Schumpeter le proposait à l’origine, mais elle couvre d’autres domaines connexes tels que la gestion du personnel, l’organisation de l’entreprise, sa culture, la recherche et le développement, etc.

Le processus créatif de l’entrepreneur dépend principalement de son expérience, elle est la principale source de nouvelles connaissances. La créativité entrepreneuriale découlerait d’un processus en quatre étapes : l’expérience (le vécu), la réflexion, la conceptualisation et l’expérimentation (les tests).

L’expérience de travail dans un domaine précis est un stimulant important pour l’individu entrepreneurial car elle lui permet d’identifier les lacunes du marché -des opportunités- qui correspondent à ses propres capacités et ressources actuelles. Elle lui donne également un aperçu de la manière dont l’entreprise devrait fonctionner. Ainsi, la créativité entrepreneuriale doit être considérée comme résultant de l’interaction de savoir-fondé sur l’expérience dans une niche précise, les compétences de l’individu, et sa perception des changements de l’environnement.

Il y a un vif débat sur la nature du processus de génération d’idées entrepreneuriales, sur l’identification des opportunités d’affaires, s’agit-il d’un processus conscient ou non ? Kirzner (1979) a tenté de capturer l’essence de ce processus. Pour lui la vigilance entrepreneuriale consiste dans la capacité à remarquer, sans recherche, les possibilités qui ont été jusqu’ici négligées. Cette approche implique que le processus est inconscient. D’autres recherches ont observé que l’identification des opportunités par les entrepreneurs est basée sur leur intuition plutôt que la recherche et l’analyse formelle. Dans les deux approches, les entrepreneurs n’ont qu’une emprise partielle sur le processus d’identification de l’opportunité. De nombreux travaux montrent que les entrepreneurs les plus innovants ont tendance à prendre des décisions importantes sur la base de leurs intuitions, leur instinct plutôt que des déductions logiques sur la base d’analyses scientifiques. En d’autres termes, ils comptent davantage sur leurs « intuitions » soutenues par des perceptions globales que sur des conclusions appuyées par des données analytiques, suggérant que la prise de décision entrepreneuriale repose plus sur le «cerveau droit», qui est la source d’idées créatives.

Cependant, même si une grande partie de la créativité entrepreneuriale survient sans efforts conscients de la part des individus, les techniques formelles de créativité pour
générer des idées d’affaires ont une utilité. En effet, ces dernières sont particulièrement utiles pour les personnes qui bloquent les idées créatives au sein d’une organisation. Les techniques créatives servent alors de brise-glace.

Les numéros spéciaux d’Innovations : Revue d’Economie et de Management de l’Innovation et de Journal of Innovation Economics and Management rassemblent, dans une perspective transversale et transdisciplinaire, des recherches sur la créativité entrepreneuriale, son expression dans des environnements différents et l’étude de situations qui peuvent bloquer ou faciliter la mise en place des idées créatives.

* BETA-CNRS, Faculté des Sciences Economiques et de gestion, Université de Strasbourg

Septembre 2015, « Pour une prise en compte de la dimension éthique dans la conception des systèmes d’information », par Maryse Salles*

Les systèmes d’information (SI) sont un composant essentiel de la vie des entreprises, dont ils structurent les actions et accompagnent les décisions (ou les guident). Ce rôle central appelle à interroger la « neutralité » de ces systèmes.

Les systèmes d’information sont des systèmes de formalisation de représentations. Le SI d’une organisation est ainsi assimilable à son langage, c’est-à-dire une capacité à rendre compte du « réel » sous une forme partageable par la communauté des acteurs. Au travers de ce langage, les SI structurent la façon de fonctionner des acteurs d’une organisation, et présentent donc, à ce titre, un caractère normatif. Comme le montre les travaux de la sociologie de la gestion, les SI organisent le travail, affectent et prescrivent les tâches, contrôlent leur bonne exécution, en soutenant une asymétrie entre les différentes parties prenantes de l’entreprise.

Mais au-delà, à travers les normes et les valeurs qu’ils expriment, les systèmes d’information possèdent un caractère instituant, ou performatif. Ce qui est défini dans/par le système d’information acquiert automatiquement un statut de « réalité » et permet, voire entraîne systématiquement, la décision et l’action. Par exemple, dans les entreprises, des jeux très réduits d’indicateurs utilisés pour représenter le fonctionnement de la totalité de l’organisation, entraînent des décisions et des actions orientées exclusivement vers l’amélioration de ces indicateurs. À la lumière de ces effets, il convient de s’interroger sur le rôle des SI dans la prise de décision, au travers des systèmes d’aide à la décision (SAD).

L’usage de ces derniers présente en effet plusieurs types de risques : erreurs dans les données ou les traitements, risque d’une confusion entre le réel et sa représentation numérique, risque des rétroactions que la performativité de ces systèmes entraîne, risque d’une perte de diversité dans la façon d’aborder les problèmes qui se posent aux organisations. Le plus grand danger, qui découle des risques précédents, est celui d’une limitation des capacités d’innovation des organisations, car l’innovation nécessite de développer des visions nouvelles de l’organisation, de son environnement et des liens qu’elle entretient avec lui. L’inscription dans les SI et les SAD d’une vision du monde unique, fortement contraignante mais non débattue (car le plus souvent restée implicite), pose en outre le problème de la vie démocratique des organisations.

Les Big Data, dans une recherche effrénée d’une aide à la décision prédictive, voire prescriptive (qui se substituerait donc au décideur), sont à l’origine de problèmes préoccupants, aux niveaux aussi bien épistémologique que démocratique. Une image générale inquiétante se dessine en effet dans le discours des (nombreux) zélateurs des Big Data : celle du refus de l’irréductible diversité du réel, de la négation de la nécessaire complexité de la pensée humaine, de la dévalorisation de l’expérience comme source première de la connaissance.

Devant l’immense potentiel d’une aide authentique, mais aussi devant le risque réel d’une technologie qui orienterait les actions et les décisions humaines de façon occulte, il apparaît absolument nécessaire d’interroger la façon dont les SI et les SAD sont construits. Leurs concepteurs, l’ensemble des parties prenantes concernées, portent en effet une responsabilité quant à l’utilisation qui est faite des SI, et aux conséquences des décisions prises avec leur support. Mais invoquer une telle responsabilité ne peut être légitime que si celle-ci est assistée, outillée par une véritable ingénierie de la responsabilité.

L’éthique informatique, très négligée par les informaticiens, fournit quelques outils (partiels), mais la recherche sur ce thème doit être largement intensifiée, dans une approche pluridisciplinaire. L’objectif est de produire des outils méthodologiques permettant de concevoir des SI qui intègrent des visions du monde plurielles. Dans la même perspective, l’éthique informatique, comme la réflexion sur les influences que les SAD peuvent exercer sur le processus de décision et son résultat, devraient être intégrées dans les cursus informatiques (elles en sont actuellement largement absentes).

*IRIT/SIG UT1-C, Maryse.Salles@ut-capitole.fr

Août 2015, « Développement économique et capacités d’innovation dans la mondialisation », par Vanessa Casadella*

La mondialisation a bouleversé le cadre des politiques économiques et a contribué à repenser leur rôle à jouer dans le développement économique. Si le système de gouvernance mondiale pose de réels problèmes en termes d’efficacité, elle a pourtant mobilisé de nombreux acteurs dans les orientations décisionnaires. De l’échec de l’ère du dirigisme économique post-Bretton Woods, s’en sont succédées des périodes interventionnistes et libérales, soldées elles-aussi par des échecs notoires. Les politiques pro-cycliques, telles que mentionnées dans le « consensus de Washington », ont aggravé la situation des pays en développement. C’est alors le concept de « bonne gouvernance » qui émerge suite à la crise asiatique de la fin des années 1990 comme impérieux remède au bon fonctionnement des marchés. Il préconise le développement des institutions et des infrastructures tout en respectant les nouvelles contraintes environnementales et la répartition équitable des ressources. Mais cette « bonne gouvernance » est maladroitement appréhendée et ne permet pas de résoudre les réels problèmes liés aux politiques de développement (politiques d’innovation, choix industriels, etc.).

Vers quel modèle se tourner pour parvenir à une croissance économique durable ? Peut-être déjà revenir sur un des préceptes annonciateurs de Galbraith fondé sur un principe simple : celui de l’organisation d’un système d’instruction et de formation basiques. Mais au-delà, la politique économique de développement suppose la définition d’objectifs stratégiques au centre desquels se trouve la promotion de capacités d’innovation. Et cette dernière va de pair avec la construction de systèmes d’innovation basés sur les compétences, la valorisation des connaissances scientifiques et techniques et notamment à travers le capital humain.

Un système d’innovation décrit les relations entre les institutions scientifiques, technologiques, industrielles, constituées elles–mêmes par différents types de flux financiers et informationnels. Un système d’innovation dans les PED ne peut s’épanouir qu’à travers un cadre institutionnel approprié. La question du développement couplé à l’innovation est importante car les deux interagissent positivement. La réduction de la pauvreté est liée à la capacité des pays à maitriser la diffusion et la création des connaissances mais l’innovation suppose que les citoyens soient libres et suffisamment éclairés pour produire des connaissances. Or dans les PED, le traitement inégal des minorités, les faiblesses du système d’innovation ou encore la mauvaise gouvernance locale (corruption, clientélisme) limitent automatiquement les capacités d’apprentissage de la société.

Mais la réalité des PED ne saurait se satisfaire d’une forme de « Sud-pessimisme » ambiant. Ces pays détiennent des richesses qui- même si difficilement exploitables- sont à la base d’un processus vertueux d’innovation. Encore faut-il faire émerger de réelles politiques d’innovation. Et ce sont pertinemment les choix et décisions politiques qui apparaissent comme défaillants : fuite des cerveaux, manque de moyens, méconnaissance des potentiels et savoirs traditionnels, faible prise en compte des petites structures informelles locales, etc. L’efficacité de ces politiques apparait pourtant comme stratégique dans la compétitivité actuelle mondiale. C’est sur ces différents aspects que l’Ecole d’Eté RRI 2015 à l’IUT de l’Oise (Université Picardie Jules Verne) présentera ses différents thèmes entre l’émergence des politiques d’innovation, la structuration des systèmes d’innovation du Sud et la mise en place d’indicateurs de suivi d’évaluation des politiques d’innovation.

* CRIISEA, Université Picardie Jules Verne.

Juillet 2015, « Informations et connaissances dans les brevets d’invention », par Pierre SAULAIS*

L’importance de l’analyse des portefeuilles de brevets d’invention pour une organisation industrielle ou académique a considérablement crû ces dernières années. Pour autant, sommes-nous en mesure aujourd’hui d’en identifier et d’en structurer le contenu informatif de façon aisée et fiable ?

L’analyse automatisée de l’information contenue dans des portefeuilles de brevets d’invention fait l’objet d’une abondante littérature, notamment aux Etats Unis où l’USPTO (United States Patent Trademark Office) impose des normes de rédaction propices à une telle analyse. De nombreux « indicateurs de valeur technologique et économique » ont fleuri autour de la combinaison de classes et de citations, par exemple. Ce type d’analyse privilégie une approche statistique globale, susceptible d’être entachée par de nombreux biais, parmi lesquels on peut citer les biais d’allocation de classes (dimension de la taxonomie, recouvrement), les biais de langue (traduction en anglais du seul résumé, …), les biais cognitifs (les rédacteurs des dossiers de brevets d’invention ne sont pas les inventeurs, mais des collaborateurs de cabinets de propriété industrielle non formés à l’analyse de l’activité inventive et principalement focalisés sur l’aspect de la nouveauté), les biais sémantiques (usage lexical approximatif, …), les biais d’application statistique (extrapolation à faible intervalle de confiance, …). L’analyse automatisée, dont le périmètre est restreint aux informations sans en pénétrer la connaissance inventive, est donc limitée à l’identification de tendances exploitables de façon relative, ce qui néanmoins alimente un très large spectre d’applications de stratégie (veille, …).

Notre expérience nous suggère qu’au-delà de la caractérisation du procédé et du résultat de l’invention, gît, à un niveau supérieur d’abstraction non explicite, le cheminement mental ayant conduit d’un problème technique (bloquant pour l’homme du métier en l’état des connaissances de référence) à la détermination de travaux spécifiques innovants, dont la réalisation a mené, outre à la solution technique du problème technique, à une création substantielle de connaissances inventives susceptibles d’enrichir significativement l’état de l’art. La capacité de pénétration de ces connaissances inventives nécessite la transformation du point de vue sur l’objet technique décrit dans le brevet d’invention, de produit à objet de connaissances dématérialisé. Il s’agit donc de quitter le niveau des informations pour celui des connaissances et aussi de contribuer à une évolution du niveau des connaissances vers celui de la métacognition (faculté de mise en action raisonnée de la connaissance structurée et de la compréhension, visant à établir et à atteindre des buts de création). La base de ce changement de point de vue se construit autour de la structuration des connaissances, de la création d’une carte des connaissances et de la projection des connaissances inventives dans cette carte.

Outre l’identification des connaissances inventives dont la génération est nécessaire à la résolution du problème technique, l’évaluation de la capacité d’innovation inhérente à un portefeuille de brevets d’invention ne peut s’envisager sans une estimation de la profondeur d’activité inventive liée elle-même à la fécondité, à l’actionnabilité et l’acceptabilité des connaissances inventives engendrées au cours de l’activité inventive.

La suite de l’approche consiste donc à examiner une méthode d’évaluation de la profondeur de l’activité inventive fondée sur l’analyse structurée du cheminement mental ayant mené du problème technique bloquant à la création de connaissances inventives, dans ses aspects de cohérence, de téléologie et de prégnance autonomique ou hétéronomique.

La valorisation de l’activité inventive ainsi formalisée nous semble accessible à un binôme constitué par un expert en activité inventive (spécialiste de la connaissance et du patrimoine intellectuel, chargé de l’extraction de la connaissance inventive) et par un chef de projet d’innovation partenariale (chargé de la mise en action de la connaissance inventive dans un projet partenarial et du partage d’une vision prospective commune dans ce partenariat, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’organisation).

En résumé, nous nous appuyons sur une double dynamique, d’une part dans le domaine de connaissance avec la montée dans la chaîne d’évolution des connaissances (des informations à la métacognition) et d’autre part dans le domaine des connaissances avec la mise en action de cette métacognition.

* Chercheur associé à l’Institut Mines-Télécom

Juin 2015, « Capital Intellectuel et Innovation », par Sophie MIGNON*, Elisabeth WALLISER**

Aujourd’hui, la valeur, tant des produits que des entreprises vient à 80% de l’intelligence que l’on y injecte : nous sommes entrés dans la société de la connaissance. La part de l’invisible a pris le pas sur le visible. Nous sommes à l’évidence en train de vivre une nouvelle Révolution scientifique et technologique bien supérieure aux précédentes. Dans ce « nouveau Monde » en émergence, l’immatériel devient dominant, à travers par exemple le rôle des informations, connaissances, circulant au sein de réseaux, générant de nouveaux usages et produits sur le marché, et conduisant ainsi à des pratiques organisationnelles renouvelées…. Cette situation nouvelle bouleverse le fonctionnement des systèmes productifs et des marchés, et questionne les comportements des acteurs concernés, notamment des entreprises et de leur mode de management.

On peut avancer que, plus l’économie est développée, plus sa part immatérielle est grande par rapport à la part strictement matérielle et ceci tant en termes de production que de consommation.

Cette prépondérance de l’immatériel entraîne à la fois de nouveaux « modèles économiques » et des bouleversements des business models existants. Il faut, en conséquence, revoir aussi les modes de gestion et de gouvernance, ainsi que les systèmes de « prise en compte » et d’évaluation des actifs-flux-performances qui leur correspondent. On peut considérer que l’analyse de cette nouvelle économie de l’immatériel appelle une rupture paradigmatique par rapport au cadre d’analyse économique, juridique et de gestion de l’économie marchande traditionnelle.

Les numéros spéciaux d’Innovations. Revue d’Economie et de Management de l’Innovation et de Journal of Innovation Economics and Management rassemblent dans une perspective transversale et transdisciplinaire les recherches sur ce domaine.L’objectif recherché est de faire le lien entre l’innovation et l’immatériel.

Si l’innovation est un facteur clé de compétitivité et de pérennité des organisations, elle s’accompagne inévitablement d’inputs et d’outputs immatériels.

En termes d’inputs, l’innovation s’appuie sur des connaissances, compétences et capacités dynamiques mais aussi sur la créativité des individus qui composent le capital humain des organisations. Ainsi les innovations s’enracinent à la fois dans des connaissances codifiées (entrepôts, cartographies, procédures) mais s’appuient aussi sur un partage de connaissances plus tacites, à travers des mécanismes de socialisation et des rencontres plus informelles. Au-delà d’un simple « capital informationnel » et son maintien dans le temps, il convient de s’intéresser aussi à la formation d’un « capital social » entre une entreprise et des fournisseurs, clients, organismes d’accompagnement, experts….

En termes d’outputs, l’innovation s’exprime à travers les marques, la réputation, les brevets, les labels… ; actifs spécifiques qui vont permettre à l’organisation de se distinguer par rapport à ses concurrents. Il en ressort des innovations produits fondées sur des nouveaux usages et modes de consommations, des innovations managériales liées à de nouvelles organisations du collectif…..nécessitant l’adaptation des règles institutionnelles (juridiques, fiscales comptables et financières).

* Montpellier Recherche en Management, Université de Montpellier
** Groupe de Recherche en Management, Université de Nice Sophia Antipolis

Mai 2015, « Les objets connectés révolutionnent la domotique », par Morand MULLET*

Internet s’est durablement installé dans notre vie. Nous vivons dans un monde sur connecté qu’il nous serait impossible de débrancher. L’ordinateur personnel a pris une place prépondérante dans les foyers et les smartphones sont devenus une extension de notre main. Notre quotidien a radicalement changé et notre façon de travailler, de consommer ou de communiquer également. Aujourd’hui, une troisième révolution Internet, celle de l’Internet des Objets est en marche et compte faire fusionner le monde virtuel avec le monde réel.

De l’autre côté, nous avons le domaine de la domotique. Promis à un avenir radieux lors de son imagination dans les années 1980, la technologie ne s’est jamais imposée au grand public et est restée cantonné à un public haut de gamme ou bricoleur. Pourtant, ses principes répondent bien aux problématiques que notre société se pose : sécurisation accrue du lieu de vie, augmentation du confort et du temps libre et diminution de l’impact environnemental de l’habitat.

De plus en plus de produits mêlant ces deux mondes apparaissent. On peut citer le cas des thermostats connectés. Ce nouveau marché ouvert en 2012 par Nest est investi par des dizaines d’autres acteurs. A titre d’exemple, la solution de Nest équipe 1% des foyers américains. Autre produit qui se connecte, le système d’éclairage. De nombreuses entreprises se lancent et les leaders comme Philips estiment qu’à l’avenir, toutes les ampoules seront connectées.

L’intégration des objets connectés dans le monde de l’habitat va fortement impacter le secteur de la domotique. Les technologies utilisées sont devenues financièrement accessibles, fiables et surfent sur les tendances actuelles (self quantified). L’intelligence se déporte pour pouvoir interagir avec le monde extérieur. Ce développement a des répercussions sur d’autres secteurs d’avenirs comme l’intelligence artificielle et le big data.

Qu’ils soient des géants de l’Internet, des fabricants de matériels électriques, des opérateurs de télécommunication, des fabricants d’électroménager ou de petites startup, tous investissent dans le domaine et se livrent une bataille acharnée.

Cependant, l’évolution de ces nouvelles technologies soulèvent de nombreuses interrogations et vont être aux centres de nombreux débats. Il va falloir vaincre des obstacles psychologiques et culturels pour voir la domotique se démocratiser à travers les objets connectés. A titre d’exemple, des questions vont se poser sur la sécurité des données et leur exploitation. Les consommateurs verront dans ces objets, des outils de surveillance restreignant leur liberté et une intrusion dans leur vie privée.

* SIDE / Laboratoire de Recherche sur l’Industrie et l’Innovation, Lille-Nord de France

Avril 2015, « Les innovations de produits dans la chimie du végétal comme substituts aux plastiques », par Manon JUBIEN*

La chimie verte est définie pour la première fois en 1998 par Anastas et Warner sous la forme de 12 principes visant à la synthèse de produits chimiques plus respectueux de l’environnement, par des procédés moins consommateurs d’énergie. Ainsi, la chimie verte est une discipline récente et donc porteuse d’innovations dans les différents domaines de l’industrie chimique actuelle. Parmi les 12 principes de la chimie verte, il y en a un préconisant l’utilisation de ressources végétales renouvelables, c’est ainsi que se définit la chimie du végétal. Ainsi la chimie du végétal possède la même dimension environnementale que la chimie verte. Par le développement d’innovations de produits efficaces et efficientes, la chimie du végétal prend en compte l’aspect économique de l’industrie et peut alors être envisagée comme une chimie de substitution à la pétrochimie.

Actuellement, la pétrochimie absorbe seulement 10 % de la consommation totale en pétrole mais souffre d’une mauvaise réputation suite aux catastrophes industrielles des quarante dernières années. C’est pourquoi un engouement particulier accompagne les innovations de la chimie du végétal. Parmi les domaines de la chimie les plus importants figure la plasturgie, activité présente dans des secteurs très divers comme le bâtiment, l’emballage, l’automobile ou l’électronique. La chimie du végétal a donc permis l’émergence d’innovations de plastiques biosourcés dans les années 2000. Néanmoins, la production de ces plastiques est encore marginale par rapport à la production mondiale de plastiques. Quelles conditions peuvent alors permettre la substituabilité des plastiques par des innovations de produits de la chimie du végétal ?

En se concentrant sur deux secteurs de la plasturgie, l’emballage et le biomédical, il est déjà possible d’entrevoir des motivations communes au développement des plastiques biosourcés. Le choix de ces deux secteurs n’est pas anodin, l’emballage étant le premier secteur d’application des plastiques et le biomédical étant un secteur émergeant et prometteur pour les innovations de la chimie du végétal. Il est alors à noter que la motivation commune au développement des plastiques d’origine végétale dans ces deux secteurs est la recherche de biodégradabilité. La biodégradabilité permet d’une part de réduire les déchets plastiques mais présente aussi des avantages lors de leurs utilisations que ce soit pour la création d’emballages facilitant la collecte et la gestion des déchets que pour le développement d’implants biorésorbables pour le biomédical.

La substituabilité des plastiques par ces innovations de la chimie du végétal ne pourra être déterminée qu’après l’analyse de la fiabilité technologique, en fonction des caractéristiques requises du produit pour les applications étudiées, et de la faisabilité économique de ces innovations. Dans le secteur de l’emballage, et spécialement l’emballage alimentaire, la priorité est donnée aux plastiques stables dans le temps et qui offrent des propriétés barrières afin d’assurer une bonne conservation des aliments. D’un autre côté, une attention particulière doit être portée sur le devenir de ces innovations de plastiques en fin de vie, le recyclage étant la filière privilégiée afin de réduire les déchets. Pour le secteur biomédical, l’attention des scientifiques est portée sur la compatibilité biologique des produits développés ainsi que sur le meilleur contrôle du temps de dégradation. Dans les deux secteurs étudiés, la substituabilité dépendra des coûts de production de plastiques biosourcés par rapport aux plastiques pétrosourcés usuels mais également de la démonstration des apports environnementaux de ces innovations.

* SIDE / Laboratoire de Recherche sur l’Industrie et l’Innovation, Lille-Nord de France

Mars 2015, « Réseaux d’innovation: stratégies d’entreprises et politiques publiques », par Fabienne Picard

Prenant appui sur les communications présentées lors de l’Ecole d’Eté du Réseau de Recherche sur l’Innovation (Belfort, aout 2013), les deux derniers numéros d’Innovations contribuent à mettre en lumière de nouveaux questionnements autour de l’innovation. Innovations-Revue d’Economie et de Management de l’Innovation consacre le volume 46/4 aux politiques d’innovation durable et Innovations-Journal of Innovation Economics & Management, dédie le volume 2014/4(16) à l’innovation en réseaux.

Un champ de réflexion autour de l’innovation durable semble se construire progressivement, considérant celle-ci tantôt comme une forme spécifique d’innovation, l’éco-innovation ou l’innovation environnementale, tantôt comme une innovation dans un contexte spécifique, celui du développement durable. Dans ces deux perspectives s’est bien une relecture des concepts et modèles des théories de l’innovation et du changement technique qui s’opère et à laquelle nous invitent les auteurs. D’emblée, l’innovation apparait liée à la capacité des acteurs à construire des liens et à œuvrer dans un contexte ouvert, multi-scalaire.

La diversité des contributions présentées dans ces deux numéros met en exergue la richesse de ce champ de recherche. Si certains articles interrogent les politiques publiques contemporaines d’innovation et de recherche, en analysent les insuffisances et les évolutions, d’autres se focalisent sur les stratégies des entreprises, leur capacité à entrer sur de nouveaux marchés, à développer de nouveaux comportements d’innovation, à proposer des modèles d’affaires renouvelés.

Les réflexions développées ici prennent différents objets technologiques pour support (les réseaux électriques intelligents, les véhicules électriques), analysent différentes industries (le photovoltaïque, l’agroalimentaire, le vitivinicole, la santé), soulignant que l’innovation durable implique non seulement l’émergence de nouvelles technologies mais peut-être plus encore l’adaptation des technologies existantes aux nouveaux enjeux environnementaux.

Voir : https://www.cairn.info/revue-innovations-2015-1.htm

Février 2015, « La réinvention du bois comme matériau éco-innovant », par Maxime Dulieu*

Comment l’écoconstruction réinvente les usages du bois ? Après plus d’un siècle de productivisme, la société en paye le prix. L’économique prime sur le bien-être social et les conséquences sont nombreuses et gravissimes pour l’environnement. La nécessité d’un changement de paradigme est en discussion et le concept de développement durable apparaît comme une piste intéressante. Les définitions de celui-ci sont nombreuses, parfois un peu évasives et donc peu précises. Mais ce qu’il faut surtout en retenir c’est que la pensée du développement durable propose un changement de comportement global et tend à replacer les problématiques sociales et environnementales au centre du débat. Les implications sont de taille : il faut en effet réintégrer dans les processus de décisions des logiques absentes jusqu’alors. Le développement durable implique d’employer des méthodes innovantes dans toutes les activités humaines (technologiques, économiques et sociales) pour relever ces nouveaux défis.

Parmi ces activités, le bâtiment est un des secteurs le plus polluant, il représente environ un tiers de la consommation énergétique finale dans les pays de l’OCDE. Mais cette obsolescence des installations signifie aussi que la marge de manœuvre est importante. Le bâtiment représente ainsi un des secteurs les plus prometteurs en termes d’économie d’énergie. Cela se traduit aujourd’hui par la mise en place de solutions innovantes dans un nouveau cadre : l’écoconstruction.

L’écoconstruction a pour principe la réduction au minimum de l’impact d’un bâtiment sur son environnement (naturel, social et économique) à travers son cycle de vie. C’est-à-dire, une attention particulière sera notamment portée au choix des matériaux et des procédés utilisés.

Une des solutions les plus encourageantes va venir d’un matériau présent séculairement dans la construction : le bois. Celui-ci peut en effet aujourd’hui répondre d’une manière efficace aux défis posés par le cahier des charges de l’écoconstruction. Souvent jusqu’alors complémentaire dans la construction, celui-ci a su se réinventer pour venir se substituer à la quasi-totalité des matériaux classiques de la construction.

Au-delà du défi technique quasiment surmonté, on construit aujourd’hui des immeubles entièrement en bois d’une dizaine d’étages un peu partout dans le monde (Londres, Vancouver, Chine), les propriétés affichées par le bois sont stupéfiantes. Que cela soit sur le plan environnemental, économique ou même social le matériau fait preuve d’une efficacité simultanée qui va bien au-delà de ce qui pouvait se faire jusqu’à maintenant.

A noter que cette renaissance du matériau n’est pas fortuite mais fait le fruit de recherche importante, notamment en Amérique du nord.
Désormais il va falloir vaincre les obstacles culturels liés aux peurs qu’une construction en bois suscite et économiques dus aux routines et à la prédominance des grands groupes du verre et du béton pour « démocratiser » ce nouveau genre d’édifices.

* SIDE / Laboratoire de Recherche sur l’Industrie et l’Innovation, Lille-Nord de France

Janvier 2015, « La systémique technologique support et stimulation de l’innovation », par Smaïl Aït-El-Hadj*

Le mouvement d’innovation, en particulier d’innovation technologique, a historiquement entrainé une production théorique tendant à comprendre et à modéliser la structure et le mouvement technologique dans la société. Une poussée de ces créations théoriques est particulièrement sensible dans les années 1970-80 avec les apports majeurs de Bertrand Gille, Thomas Hughes, Gilbert Simondon et de nombreux autres. Ce moment majeur d’avancement de la science de la technologie, n’est pas nouveau et fonde ses racines dans un long courant de théories remontant à l’Encyclopédie en passant par la Mécanologie française et la Cinématique allemande du 19° siècle.

Ce corps de connaissance a contribué à éclairer le grand mouvement d’innovation, au niveau de l’entière société comme des systèmes techniques concrets, qui a constitué ce que l’on a appelé la mutation technologique de la fin des années 70. Ce patrimoine de connaissances, centré sur une approche des systèmes a commencé de bénéficier de l’enrichissement de ses capacités de modélisation dynamique par l’apport, la confrontation et la reformulation de ses analyses à partir de la systémique et des sciences de la complexité.

Ce dispositif théorique après avoir été, dans sa période clef d’élaboration récente, principalement apporteur de clarification, notamment des structures technologiques, et de modèles explicatifs des formes et courants de l’innovation technologique, est en voie de devenir un support actif du mouvement d’innovation et ce au moins sur quatre axes.

Tout d’abord, et c’est là une de ses fonction traditionnelles, la systémique technologique s’attache à formaliser de manière théorique le mouvement technologique, en dégageant ses invariants. Il permet ainsi le saut du perçu ou du récit de l’innovation technologique à sa modélisation scientifique.

Cette modélisation peut s’orienter vers la recherche d’analyse prédictive avec l’apport de la systémique technologique à la pratique, déjà systémique, de la prospective. Cette recherche d’un éclairage prédictif pertinent, s’appuyant sur une modélisation construite de la technologie, bénéficie de la précaution méthodologique de la prospective.

A plus court terme, la systémique technologique peut fournir aux décideurs et porteurs de l’innovation le support d’une compréhension organisé du mouvement technologique contribuant à fonder des stratégies d’innovation d’entreprise autant que de politiques publiques de soutien et de stimulation de l’innovation.

Enfin la systémique technologique, dont le champ d’efficacité s’étend de la société globale aux systèmes techniques concrets est ainsi en mesure d’apporter un renforcement de compréhension et de modélisation de connaissances en appui à la conception de produits nouveaux. Comme dans le cas précédent, la systémique technologique se combine et apporte un enrichissement à une méthodologie organisée de la conception qu’est l’approche de l’ingénierie système qui devient une méthodologie dominante dans le champ de la conception. Cette combinaison permettrait d’apporter au processus de conception un éclairage voire un apport opératoire de connaissance sur la spécificité de la structure et du modèle dévolution technologique d’un système technologique en conception. Les formes opératoires, pouvant alors en être des patterns de conception, des structures capitalisation de connaissances et de bases de données, voire de simulations spécifiques de développement.

L’appareillage théorique de la systémique technologique nécessite encore beaucoup de développements pour atteindre ce plein développement de capacité opératoire. Développement d’harmonisation et de synthèse des différents apports, achèvement de sa refonte sous épistémologie et méthodologie systémique, et élaboration des outils permettant ces apports à l’innovation.

* Université de Lyon, ITECH

 

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