Editos 2013

Décembre 2013, « Science, Technologie, Innovation » par Vanessa CASADELLA*

La science et la technologie sont des éléments clés de l’innovation. L’innovation est systémique et interagit au gré des interrelations entre acteurs : R&D, universités, centres de recherche, politique scientifique, marchés du travail, etc. On évoque couramment le concept de Système National d’Innovation pour établir le niveau global de performance technologique des pays. Ce concept a permis de mesurer les degrés de R&D et de performances technologiques à travers des comparaisons internationales (OCDE, Eurostat, etc.). Le niveau de R&D représente une caractéristique basique du Système National d’Innovation, tout comme la politique scientifique déployée. L’analyse de l’impact des politiques technologiques nationales sur le comportement innovatif des firmes est majeure pour comparer les différents Systèmes Nationaux d’Innovation. Mais si la dynamique innovative nationale n’est mesurée qu’en termes d’activités formelles liées à la R&D et aux activités scientifiques, l’innovation revêtira un sens plutôt étroit. On y inclut que les organisations et institutions nécessaires aux activités de recherche et d’exploration et donc uniquement la production et l’utilisation de l’innovation. Or les rapports entre la science/technologie/innovation ont largement évolué pour laisser place à des processus plus microéconomiques, mais également plus larges.

L’innovation systémique dépasse le cadre restrictif de la S&T et de la R&D. Elle s’intéresse davantage à la structure institutionnelle et organisationnelle de la société. L’accent est placé sur les processus d’apprentissage qui impliquent que la compétitivité des firmes émane de sa capacité à apprendre. La force de l’innovation réside sur l’efficacité des réseaux des firmes, sur les forces intangibles et diverses sources de l’apprentissage interactif au sein des activités d’achat, de production et de vente. Les diverses sources d’apprentissage ont été largement mises en valeur comme socle de l’innovation. On parle même de Culture d’Apprentissage pour mettre en relief l’adaptation de la connaissance aux conditions locales et l’amélioration de cette dernière dans l’économie entière. Il existerait une multitude de chemins à travers lesquels les individus, institutions seraient susceptibles d’apprendre. Bien plus encore, l’innovation systémique touche à l’utilisation des savoirs comme un Tout. L’objectif est de donner souffle a des processus moins top down et plus bottom up : insuffler à l’innovation une multitude de sources de créativité. L’approche de l’innovation systémique par la Construction de Compétences permet de comprendre l’intérêt des acteurs à appliquer et diffuser la connaissance. Les entreprises, les clients, le secteur public sont à même de déployer des techniques d’apprentissage par usage de produits, services, processus technologiques et organisationnels et autres processus moins « classiques » (apprentissage par interaction, imitation, etc.). Par ailleurs, les sources d’apprentissage sont nombreuses et variées (systèmes éducatifs, marchés du travail, formation professionnelle, etc.). L’innovation systémique se traduit par un large ensemble d’éléments micro/macro ayant pour but d’influencer l’acquisition, la diffusion et l’utilisation des capacités d’apprentissage.

Seule une partie des capacités d’apprentissage et d’innovation des acteurs économiques prend place au sein de l’éducation formelle et de la R&D. L’innovation systémique se nourrit donc en partie de la science et technologie. Elle s’en sert en toute légitimité pour lui donner son aspect formel, lié aux statistiques européennes et aux politiques publiques de recherche et de S&T. Mais ne représente au final qu’une part limitée de l’ensemble des sources actuelles de l’innovation systémique.

* Université de Picardie Jules Verne, CRIISEA, Réseau de Recherche sur l’Innovation

Novembre 2013, « Le Grand Bond en avant de l’innovation chinois » par Zeting Liu

Après une croissance économique spectaculaire pendant deux décennies, la Chine cherche aujourd’hui un nouveau moteur de croissance pour rééquilibre le développement économique et social. Ainsi, par la voie du plan national de développement des sciences et technologies à moyen et long terme (MLP, 2006-2020), le Conseil d’Etat chinois a annoncé l’ambition de transformer la Chine en une nation innovante en 2020. Pour doter la puissance innovatrice digne de l’empire du milieu, l’Etat chinois mobilise, à travers les plans quinquennaux, des ressources colossales pour atteindre les objectifs ambitieux. A la différence du début des réformes des années 1980, les problèmes d’aujourd’hui ne sont plus le manque de financement mais comment optimiser l’investissement public pour développer l’innovation efficacement. Au cœur de ce Grand Bond en avant de l’innovation se trouve les entreprises à qui l’Etat chinois « demande » de réduire la dépendance des technologies étrangères des entreprises chinoises et de développer l’innovation dite « originale », c’est-à-dire l’innovation radicale et propre à la Chine. Investir massivement dans l’infrastructure de S&T, sélectionner et soutenir les meilleures entreprises d’Etat afin de faire émerger des champions nationaux de l’innovation, assurer le « saut technologique » dans les secteurs stratégiques, développer l’innovation endogène, soutenir les entreprises à devenir le pilot de l’innovation technologique, tels sont les instruments déployés dans le XIe (2006-2010) et le XIIe (2011-2015) Plans sur le développement S&T pour mener la dépense intérieure de R&D (DIRD) à 2,2 % du PIB et 3,3 brevets par 10 000 habitants en 2015.

Toutefois, l’investissement public massif dans la R&D et la production scientifique grâce aux investissements massifs de l’Etat chinois ne se traduit pas forcément par une performance équivalente en innovation. En pratique, le milieu de la recherche publique (dont les universités) ayant profité des réformes institutionnelles pour développer ses propres affaires s’éloigne de plus en plus de l’industrie sur le plan de la R&D. De plus, l’aspect entrepreneurial en Chine est particulièrement préoccupant. Les lourdeurs administratives et la domination des entreprises d’État ont en effet tendance à freiner des entrepreneurs (OCDE, 2012). Cet environnement peu favorable à l’entrepreneuriat innovant peut être en partie expliqué par le fait que le système politique chinois qui fonctionne par consensus insiste sur la « stabilité » et la continuité des actions. Le caractère essentiel de la « liberté d’entreprendre » pour mettre en place les nouveautés en détruisant des valeurs anciennes semble être incompatible avec une telle structure politique.

L’Etat-entrepreneur chinois peut-il mener la Chine à réussir (cette fois-ci) le Grand Bond en avant dans la compétition internationale tirée par l’innovation ? L’aventure de l’Etat-entrepreneur français dans les années 1980 ne donne pas un exemple flatteur. La Chine, avec sa détermination à réussir ses objectifs, sa large marge de manœuvre, et, paradoxalement, sa souplesse dans l’application locale de la stratégie nationale, écrira peut-être une autre histoire.

OCDE, 2012, Science, Technologie et Industrie : Perspective de l’OCDE 2012, Paris : OECD Publishing.

Octobre 2013, « Économie politique de la défense » par Rémy Herrera (CNRS, UMR 8174 Université de Paris 1)

Dans le corpus théorique néoclassique, la défense représente l’exemple type de « bien public ». Les biens produits par le marché sont, par définition, à usage privatif et les interdépendances entre individus sont ordinairement médiatisées par le système des prix. Les biens publics se distinguent par le fait qu’ils font l’objet d’une consommation collective – sans exclusion d’accès par les prix. Ces biens ne peuvent être produits et alloués par le marché, puisque les mécanismes de prix n’en assurent plus le rationnement. La théorie néoclassique admet dans ces conditions que leur production puisse être confiée à l’État, qui fournit ces biens à la collectivité en prélevant un impôt pour financer la dépense publique. En conséquence, la justification de la production par le secteur public de tels biens collectifs réside dans une incapacité du marché à l’assurer. Sachant que l’État prélèvera un impôt et que l’annonce de leurs besoins les amène à débourser davantage, les agents pourront être incités à se comporter en passagers clandestins. Un biais de sous-estimation risque d’être introduit dans l’offre du bien public. Les caractéristiques de la défense la font entrer dans la catégorie des biens publics. En présence d’un tel bien public que les marchés sont incapables de produire et d’allouer par le système des prix, l’État serait seul à même d’assurer l’optimalité de l’équilibre des marchés pour toute la société. Une difficulté d’application de l’économie publique néoclassique au domaine de la défense provient toutefois de ce qu’elle mêle plusieurs types d’imperfections des marchés. Pour que la dépense jugée « optimale » que l’État consacre à ce bien corresponde à un niveau permettant à la disposition à payer des individus d’égaler le coût de sa fourniture, encore faut-il que la taille et la composition des budgets publics soient connues par tous les consommateurs. Or, les agents se heurtent à des obstacles pour accéder aux informations nécessaires pour mesurer l’impact de ces dépenses. Une autre difficulté découle du caractère dichotomique du bien de défense : les conséquences positives des dépenses militaires sur la sécurité d’un pays peuvent être compensées par les effets externes négatifs qu’elles provoquent sur les agents de pays étrangers.

Des économistes ultralibéraux en sont cependant venus à contester le caractère de bien public de la défense. Face aux défaillances du marché, soulignées par la théorie néoclassique elle-même, les tenants de l’école des Choix publics n’eurent de cesse d’affirmer que le fonctionnement des mécanismes de marché, même imparfaits, reste systématiquement préférable aux défectuosités de l’intervention de l’État, qui peut masquer des préférences individuelles sous le discours de l’intérêt général. Les effets pervers dénoncés par ces auteurs sont associés à des pratiques de prix jugées sous-optimales, aux inefficiences de comportements des administrations qui ne disposeraient pas des informations nécessaires pour un contrôle efficace des monopoles naturels, à la non-appropriabilité des profits qui gêne la motivation et l’incitation managériales, à des risques de dérive bureaucratique ou à des abus de position dominante. Sur la base de positions anti-étatiques extrêmes et en faveur de la propriété privée et du libre-échange, des théoriciens « libertariens » sont allés jusqu’à recommander une privatisation de la défense nationale. D’après ces auteurs, celle-ci devrait être soumise aux lois de la concurrence, comme tout bien privé, sur un marché où des entreprises offriraient les biens et services fournis jusque-là par la puissance publique, et que les agents auraient à sélectionner « librement » en fonction de leurs besoins de sécurité et des rapports qualité-prix, par un calcul coûts-bénéfices standard. Bien que ces analyses, provocatrices, soient minoritaires dans les débats théoriques, elles ont néanmoins fini par influencer, aux États-Unis, la pratique politique. En effet, si, en théorie, la défense demeure souvent appréhendée comme bien public, le fait est qu’en pratique, on la privatise.

Le thème de la défense est aussi exploré par des auteurs du courant marxiste, notamment avec les théories de l’impérialisme, pour lesquelles la militarisation est vue en tant que modalité d’existence du capitalisme, et l’usage de la force armée comme stratégie imposée par les plus puissants oligopoles financiers, pour permettre la reproduction des conditions de leur pouvoir sur le système mondial capitaliste. Nous proposerons au lecteur de s’interroger sur la nature des guerres modernes entreprises par les États-Unis ; sur les liaisons qu’elles pourraient entretenir, au-delà du contrôle des ressources naturelles stratégiques, avec la crise systémique actuelle ; sur les opportunités qu’elles ouvrent aux propriétaires du capital mondialement dominant pour transformer les formes mêmes de ce dernier ; sur les éventuelles possibilités qu’elles offrent de redynamiser l’accumulation au centre du système mondial ; mais encore et surtout sur les risques majeurs d’aggravation des contradictions internes du capitalisme qu’elles alimentent.

Pour aller plus loin :
Cahiers d’Economie et de Management de l’Innovation
https://www.cairn.info/revue-innovations-2013-3.htm

Septembre 2013, « Les politiques publiques d’innovation et de recherche face au défi de la transition durable » par Fabienne PICARD

L’année 2013 marque l’engagement de la France dans une réflexion collective sur la transition énergétique, faisant à cette occasion de l’énergie une problématique centrale de la transition durable (Verbong et Loorbach (eds), 2012). L’organisation de ces conférences citoyennes mobilise une méthodologie initiée par le Danish Board of Technology (équivalent danois de l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques en France) autour d’un objectif central : « Aller vers un modèle énergétique qui permette de satisfaire de manière durable, équitable et sûre, pour les hommes et leur environnement, les besoins en énergie des citoyens et de l’économie française dans une société sobre en énergie et en carbone» . Cette orientation s’inscrit en conformité avec l’objectif global affiché par l’Union Européenne de réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre, de réaliser 20 % d’économies d’énergie et de porter la part des énergies renouvelables à 20 % de la consommation énergétique.

La transition durable [« a shift from an initial dynamic equilibrium to a new dynamic equilibrium, characterized by fast and slow development as a result of interacting processes… involves innovation in an important part of a societal sub-system », – Kemp and Rotmans, in Elzen et al. (eds), 2004] apporte une forme de réponse aux problèmes persistant auxquels les sociétés contemporaines sont confrontées dans de multiples domaines : climatiques, énergétiques, transport-mobilité, habitat, alimentation, eau, santé…. Les enjeux de la transition vers un modèle économique et social durable ne sont plus à démontrer. Ils prennent cependant une envergure nouvelle depuis la crise de 2008, certains affirmant qu’une sortie de crise ne peut être envisageable à long terme sans intégrer la question de la transition durable (Perez, 2009), et par là-même celle de la nature des institutions en place, et des processus d’émergence de nouvelles pratiques et de nouvelles valeurs.

Aujourd’hui, la question qui se pose est davantage de savoir comment favoriser cette transition durable compte tenu de l’importance des facteurs de verrouillage intrinsèques aux systèmes actuels. Les travaux sur la transition durable soulignent qu’elle est un processus de transformation structurelle, multi-niveaux, long et lent porté par des innovations de nature systémique. Ces innovations systémiques concernent l’introduction de nouvelles technologies mais également le développement de nouveaux marchés, l’émergence de nouvelles pratiques et de nouveaux usages, la création d’infrastructures, la mise en place de formes nouvelles de régulation, voire d’une culture différente (Elzen, Geels, et Green, 2004). L’irréversibilité des dégradations qui s’installent progressivement et le risque d’atteindre un point de non-retour requièrent des changements radicaux et rapides. Or le rythme « naturel » de la transition est incompatible avec la nécessité de faire face rapidement aux conséquences anthropiques des transformations en cours et requière une action collective forte.

Les leviers de l’action publique en matière de transition s’articulent autour de trois piliers complémentaires : information, incitation, régulation. Mais ils supposent que les choix technologiques soient déjà pour partie opérés, laissant ainsi dans l’ombre la question préalable du processus de construction de telles politiques. Entre le rationalisme administratif et économique, le pragmatisme démocratique, (Grin, Rotmans, Schot (eds), 2011) rappelle qu’une nouvelle forme de gouvernance est nécessaire mixant le développement technologique, l’expérimentation et la mise en œuvre de processus d’apprentissage impliquant les utilisateurs.

Les travaux présentés à l’occasion de l’école d’été du réseau de recherche sur l’innovation 2013 interrogeront l’émergence de nouveaux systèmes bénéfiques d’un point de vue environnemental (énergies renouvelables, réseaux intelligents, mobilité durable, habitat durable, alimentation durable, écologie industrielle…) et permettront de faire le point de sur la réalité de ces formes nouvelles de gouvernances.

Elzen, Geels and Green (eds), 2004, System Innovation and Transition to Sustainability. Theory, Evidence and Policy, Edward Elgar.
Grin, Rotmans, and Schot (eds), 2011, Transitions to Sustainable Development. New Directions in the Study of Long Term Transformative Change, Routledge, New York.
Verbong and Loorbach (eds), 2012, Governing the Energy Transition. Reality, Illusion or Necessity?, Routledge, New York.

Août 2013, « Marché du travail, retraites et austérité : le choc des enjeux » par Denis LANGLET

Mai 2013, la banque JP Morgan1 se prononce pour des « réformes politiques » en Europe car « les systèmes politiques2 affichent de manière typique les caractéristiques suivantes : des dirigeants faibles ; des Etats centraux faibles par rapport aux régions ; une protection constitutionnelle des droits des travailleurs ; des systèmes recherchant le consensus et qui encouragent le clientélisme politique ; et le droit de protester si des modifications peu appréciées sont apportées au statu quo politique ». Les droits des travailleurs, le droit de protester tels sont les «problèmes politiques profondément enracinés ./. qui, à notre avis, doivent être changés si l’Union monétaire européenne (UME) est censée fonctionner à long terme » lit-on dans ce rapport de la banque JP Morgan.

Le 29 mai, la commission européenne présente la liste des réformes structurelles à réaliser en France. Cette recommandation « liste six domaines d’action prioritaire : réduction du déficit public, à travers en particulier une nouvelle réforme des retraites, marché du travail, coût du travail, libéralisation des services, environnement des entreprises et simplification de la fiscalité ». Tout en déclarant « la Commission Européenne n’a pas à dicter ce que nous devons faire », le Président de la république précise « nous, nous avons à respecter les engagements européens par rapport à la réduction des déficits. En ce qui concerne les réformes structurelles, c’est à nous et à nous seuls de dire quel sera le bon chemin pour atteindre l’objectif », c’est-à-dire s’incline une fois de plus devant la troïka, (Union européenne, Banque Centrale européenne et F.M.I.).

Les 20 et 21 juin, lors de la « Grande Conférence Sociale pour l’Emploi » le dossier des retraites est le thème d’une des six tables rondes. Il s’agit de tenter de renouveler, sous la bannière de la compétitivité, l’opération de la conférence sociale de juillet 2012, qui avait initié l’accord national interprofessionnel du 11 janvier 2013 dont l’article 10 est caractéristique de la perte des droits conséquents à ce type d’accord : « tout salarié qui refusera sa mutation pourra être licencié ».

Le 4 juillet, le président de la BCE, Mario Draghi, annonce « Le Conseil des gouverneurs s’attends à ce que les taux directeurs de la BCE- dont le taux de dépôt- restent à leur niveau actuels ou plus bas pour une durée prolongée ». Le journal Les Echos des 5 et 6 juillet titre « Les banques centrales volent au secours des marchés » et note qu’à la suite de cette annonce « Les Bourses européennes ont rebondi ».La BCE cherche à garantir aux banques d’affaires internationales une marge commerciale dans la durée. En effet, le taux actuel de refinancement que la BCE tente de garantir est de 0,5%. C’est ce taux que la BCE applique aux banques d’affaires. La faiblesse de ce taux garanti pour celles-ci une marge importante. Ainsi les banques d’affaires ont relevé le taux d’emprunt consenti à l’Etat portugais à près de 8% (pour les emprunts à 10 ans), motif : Contrer la puissante mobilisation du peuple portugais contre l’austérité par le chantage à la dette. Un taux de 8% fait exploser le niveau des intérêts de la dette souveraine et alourdit cette dette d’autant. Le 14 juin, A. Fayolle, directeur général de l’Agence France Trésor déclare dans les Echos « Pour les investisseurs qui nous suivent, la réforme des retraites est une réforme très importante qu’ils suivent de prés ; ils ont bien noté l’intention des autorités françaises de mener à bien ce dossier d’ici la fin de l’année. » Pour les banques et les assurances privées, la remise en question de nos régimes de retraite par répartition permettrait l’ouverture d’un marché de plus de 37 millions d’hommes et de femmes3 et l’économie de plus de 100 milliards d’euros de cotisations. Mais dans quel état sont ces autorités chargées par Bruxelles d’en finir avec le « modèle social » français issu de 1945 ? Le gouvernement vient d’expulser un de ses ministres et perd à chaque élection partielle un peu plus de sa base sociale. Comment vont réagir les travailleurs en France face aux nouvelles mesures contre leur système de retraite ? Après le Portugal, la France sera-t-elle le prochain pays rattrapé par la « fatigue de l’austérité » ?

1En 2010, le groupe Morgan a réalisé 12 milliards d’euros de résultat net pour 100 milliards d’euros de chiffres d’affaires. Détentrice de plus de 2 000 milliards de dollars d’actifs, ces résultats font de ce groupe, présent dans 60 pays, le numéro un mondial des banques d’affaires.
2Les systèmes politiques de la périphérie ont été établis après une dictature et ont été définis par cette expérience-là. Les constitutions ont tendance à montrer une forte influence socialiste, reflétant la force politique que les partis de gauche ont acquise après la défaite du fascisme.
3Nombre total des hommes et des femmes entre 20 et 59 ans inclus en 2013 (source : Insee)

Juillet 2013, « Les ressources de l’entrepreneur » par Dimitri UZUNIDIS

Depuis le début de la décennie 1980, l’entrepreneur est un sujet d’actualité. Le ralentissement de la croissance économique depuis le milieu des années 1970, puis la structuration des grandes entreprises qui a suivi, ont conduit nombre de chercheurs à annoncer le retour de l’entrepreneur. Les Etats des pays industrialisés ont lancé des politiques publiques visant à favoriser la création d’entreprises pour innover et/ou pour éponger le chômage. Aux aides directes accordées aux nouveaux entrepreneurs au début de la période, se sont substituées des politiques résolument plus libérales visant à créer les conditions institutionnelles propices à la création d’entreprises. Pour comprendre l’entrepreneur moderne, nous devons considérer la « fonction entrepreneuriale » : entrepreneur = ƒ (incertitude + risque + innovation + capital social + politique publique). L’entrepreneur, quel que soit le mérite qu’on lui attribue, ne naît pas à partir de rien ! Une fois cette évidence posée, le chemin est long pour résoudre les énigmes de la réussite entrepreneuriale et expliquer comment celle-ci contribue (ou non) à la prospérité d’une économie. Le « milieu entrepreneurial » peut nous aider dans notre approche. Celui-ci est composé de l’entrepreneur lui-même, d’organisation, d’un contexte relationnel, de ressources de production, de clients, de fournisseurs, d’un cadre légal d’accumulation et de temps. Au centre se trouvent l’information, le réseau et l’innovation. Une économie développe une atmosphère industrielle dynamique qui a pour base des conventions et des complicités dynamiques qui favorisent l’épanouissement d’idées nouvelles et le partage de ressources ou de liens avec des ressources extérieures et des liaisons avec des marchés nationaux et internationaux. Il se crée dans ce « milieu » un enthousiasme qui stimule les uns et les autres. Le temps explique pourquoi certains entrepreneurs réussissent mieux que d’autres. Ils doivent arriver à temps, pas trop tôt et pas trop tard pour saisir les opportunités du moment au bon moment. L’environnement sociotechnique et économique leur fournit l’information nécessaire pour innover, les capitaux pour concevoir et lancer le projet et des relations de proximité pour capter la première clientèle. Le chercheur doit, à l’image du détective d’un roman policier, démêler l’écheveau formé par ces différents éléments pour trouver l’entrepreneur.

Pour aller plus loin:
Springer Encyclopedia of Creativity, Invention, Innovation, and Entrepreneurship
https://www.springerreference.com

Juin 2013, « Penser l’innovation asymétrique » par Jean-Pierre MICAËLLI1

Le rapport Gallois (remis par celui-ci au Premier Ministre Jean-Marc Ayrault le 5 novembre 2012) prend acte du décrochage de la compétitivité prix et hors-prix de l’industrie française. Parmi les causes expliquant cette tendance délétère, on peut retenir la faiblesse relative de l’innovation, la tension existant dans les rapports intra- et inter-entreprises, ou encore une extrême polarisation d’un tissu industriel enfermant les PME mûres dans un cercle vicieux de dépendance et d’anomie. Si Louis Gallois met en avant certains atouts du modèle français, il appelle toutefois à un véritable « choc de compétitivité ». Innover devient un impératif. Le corpus théorique existant permet-il de répondre à toutes les questions que se posent les Politiques ? Certainement pas. Les résultats théoriques suscitent de nouvelles questions d’ordre conceptuel, théorique, méthodologique, empirique, etc. L’innovation est un perpetuum mobile ; sa théorisation, aussi.

Parmi les nombreuses questions en suspens, demeure celle du modèle d’innovation pertinent pour les PME ou les ETI mûres. Nous disposons de bons modèles d’innovation pour des groupes déjà grands ou pour des jeunes pousses qui le deviendront. On laisse la masse des PME et des ETI dans une situation pascalienne. Elles doivent choisir entre l’un ou l’autre de ces modèles, alors qu’aucun ne correspond à ce qu’elles sont et à ce qu’elles peuvent faire. Si on pousse le raisonnement jusqu’au bout, elles sont tout simplement incapables d’innover. Ne rien leur proposer est d’autant plus piquant que les discours officiels tendent à en faire les fers de lance de la réindustrialisation de la France. Il est donc clair que les théoriciens doivent affiner l’analyse de l’innovation réalisée par les entreprises matures.

Pour proposer aux PME ou aux ETI mûres un modèle d’innovation spécifique, un petit détour par la stratégie militaire peut s’avérer utile. Celle-ci se penche de plus en plus sur les conflits asymétriques, définis comme les réponses du faible au fort. Il ne s’agit pas, pour le faible, d’affronter ou d’écraser le fort, ce qui est impossible, mais de le contourner, de le harceler, de l’étioler, de l’user, voire de l’empêcher. La transposition de la notion d’asymétrie dans le domaine de l’innovation n’est qu’heuristique, bien sûr. Toutefois, elle nous conduit à bien distinguer l’innovation de puissance de l’innovation asymétrique. La première repose sur une promesse faite par une élite de développer une nouveauté radicale permettant l’émergence d’une nouvelle industrie, voire d’une nouvelle société. Pour ce faire, sont mobilisées, au sein de programmes médiatiques et de lieux d’excellence, des capacités conséquentes et variées. Au contraire, l’innovation asymétrique s’inscrit dans la nécessité, la continuité et l’ambiguïté. Nécessité, car elle est contrainte et vise à l’efficience. Il s’agit de produire l’effet le plus important possible tout en étant le plus économe en moyens. La développer relève ainsi d’un engagement que les militaires qualifient de basse intensité. Continuité, car elle s’appuie le plus possible sur l’existant, quitte à le bricoler, à le détourner, à l’adapter. Ambiguïté, enfin, car elle repose sur un réseau de coopérations informelles, impénétrable pour les tiers. L’archétype de l’innovation asymétrique pourrait être l’innovation frugale et le jugaad.

Développer ses compétences en matière d’innovation asymétrique est-il du seul ressort des PME ou des ETI mûres ? La pensée stratégique est dialectique. Dans les conflits asymétriques, le fort essaye de trouver une réponse adaptée aux actions du faible. Il le copie ou réajuste les finalités ou les modalités de son engagement. Les grands groupes ou les acteurs publics majeurs peuvent favoriser l’innovation asymétrique. Lorsqu’un grand groupe entend complexifier et modulariser son offre, il peut inciter les PME ou les ETI mûres à se constituer en pool et à co-construire une compétence en matière de sous-systèmes innovants.

1 ITUS – UMR CNRS 5600 EVS, INSA Lyon, France, jean-pierre.micaelli@insa-lyon.fr

Mai 2013, « Innovations et chimie doublement verte » par Estelle GARNIER, Romain DEBREF, Nicolas BEFORT1

Depuis environ 20 ans, la montée en puissance des risques environnementaux et sanitaires, tels que les accidents et pollutions chimiques, couplée aux enjeux soulevés par le développement durable oriente les stratégies d’innovation du secteur de la chimie vers une chimie « durable » du végétal (chimie doublement verte – C2V). Le régime sociotechnique en place est alors modifié par des innovations dites « environnementales ». Couramment utilisées dans la littérature et les pratiques, l’identification et la mise en œuvre de telles innovations méritent encore des éclaircissements. Leur existence dépend des représentations élaborées par les acteurs. Ainsi, ces représentations influent sur la forme que peut prendre une transition durable pour les filières de la C2V (chimie fine, matériaux et énergie).

L’objectif du courant « Sustainabiliy transition management » est de proposer une théorie générale de la transition d’un régime sociotechnique à un autre. Pour ce faire ce courant reprend le schéma évolutionniste classique en deux temps : exploration d’un nombre important de niches technologiques, puis exploitation d’un nombre limité de ces dernières. De cette manière, il ouvre la possibilité d’identifier une « winning technology » caractéristique du nouveau régime émergent au travers de travaux de « backcasting ».
Dans le cadre de la C2V, de tels travaux ont été réalisés au niveau européen pour identifier un « dominant design ». Ils ont mené à la mise en avant d’une C2V qui serait fondée, d’une part sur la bioraffinerie (en tant que grande unité industrielle) et, d’autre part, sur un mimétisme de l’activité pétrochimique (faisant des filières des biocarburants le modèle de référence).

Mais comment identifier un « dominant design ». Les études de terrain2 menées montrent qu’en réalité les acteurs sont plongés dans une situation d’incertitude radicale. De ce fait, ils projettent diverses représentations de ce que peuvent être les innovations « environnementales » dans les filières de C2V et investissent simultanément plusieurs voies technologiques de manière durable (contrairement aux prescriptions des exercices de prospectives). Cette diversité des représentations trouve ses racines dans la volonté de reproduire les patrimoines productifs des filières existantes et peut durer dans le temps du faut de l’hybridation des bases de connaissances entre agriculture et chimie. Il est alors intéressant de se pencher sur les processus de normalisation (e.g. les analyses de cycle de vie) pour analyser la tendance convergente des représentations des acteurs de ce que pourraient être les « innovations durables » en C2V.

1 Membres du laboratoire REGARDS, EA 6292, Université de Reims-Champagne-Ardenne et du Réseau de Recherche sur l’Innovation

2 Voir : projet ANR AEPRC2V du laboratoire REGARDS (URCA)

Avril 2013, « L’artisanat sauvera–t-il l’humanité ? » par Michel MARCHESNAY

C’est du moins ce qu’aurait déclaré Albert Einstein. Cet aphorisme alimentera notre réflexion, autour de deux points : d’abord, comment faut-il entendre de nos jours l’ « artisanat », et, ensuite, en quoi le « nouvel esprit artisanal » peut-il insuffler une « nouvelle humanité » ?

A l’instar d’A. de Tricornot (Le Monde, 12 mars 03, p. 8), nous sommes légion à analyser « la grande crise du management » comme une crise de leadership. Longtemps considéré comme le seul maître à bord, le « top manager » a dû laisser le gouvernail aux actionnaires. En conséquence, le « managériat » s’est déshumanisé, entrainant « la perte de légitimité des leaders, inconscients de leurs devoirs envers la collectivité ».

Dès les années 70, la crise industrielle a suscité une nouvelle espérance humaniste, portée par la vague (ou vogue) du « New Age » et du « Small is beautiful ». Toutefois, comme nous l’écrivions en 1980 dans la Revue d’Economie Industrielle, « Small is specific » et « Small is difficult ». L’écrasante majorité des entreprises créées et enregistrées ne comptent qu’une ou deux personnes, et leur innovativité reste plus que « modeste ». En d’autres termes, on doute que la crise soit soluble par le seul avènement d’un « capitalisme entrepreneurial » (Audretsch). Nos sociétés industrielles pâtissent d’un manque d’esprit d’entreprise, d’entrepreneurship. On ne peut donc guère attendre de l’entrepreneuriat (réduit à la création ou la gestion de TPE par un « entrepreneur ») un nouvel humanisme, mais, hélas, plutôt un renforcement de la déshumanisation induite par la doxa managériale.

En réalité, les activités du futur appellent de nouvelles combinaisons de ressources et de compétences. La maitrise de la tâche, des outils, passe désormais par de nouvelles façons d’agir, de créer, (la poiesis), des pratiques (praxis) évolutives axées sur une adaptabilité permanente. On sait qu’un nombre croissant de chercheurs, venus de différentes disciplines, observent les pratiques « innovantes », apanage historique des métiers traditionnels, et les reproduisent analogiquement dans les activités de la troisième génération industrielle. Richard Sennett ayant intitulé son ouvrage « The Craftman » (Yale U.P., 2008, traduction française : « Ce que sait la main- la culture de l’artisanat », Albin Michel, 2010 ), nous suggérons de parler désormais de « craftmanship », en souhaitant que cette conception renouvelée de l’activité créative ouvre la voie à un nouvel humanisme, une conception de l’homme moderne, l’homo faber selon Hanna Arendt, « conscient de ses devoirs envers la collectivité ».

Mars 2013, « Intelligence économique et performance des entreprises » par Jean-Luis MONINO

Aujourd’hui, la conduite des stratégies industrielles repose largement sur leur capacité à établir des systèmes d’information à orientation externe, afin d’accéder aux informations stratégiques pour mieux anticiper les marchés à venir et les stratégies des concurrents.

L’importance croissante de l’innovation, l’omniprésence des technologies de l’information et de la communication, la primauté d’une économie de services, ont imposé en quelques années un nouveau moteur déterminant de la croissance: celle de l’immatériel. A côté des richesses concrètes que sont l’industrie manufacturière et le capital matériel, l’économie de l’immatériel, richesse abstraite, est une nouvelle composante d’un monde économique qui a changé. Elle se fonde sur de nouvelles matières premières : le savoir, les connaissances, la créativité, l’imagination et les technologies de l’information.

La réussite et le niveau de performance de l’intelligence économique reposent sur la capacité de recueillir, de sélectionner et d’analyser des données pour une utilisation dans le processus de décision. Aujourd’hui, chaque individu crée, consomme, utilise de l’information numérique. La problématique de sa sécurité, qu’elle soit publique et sans notion de confidentialité ou bien privée et confidentielle, repose sur la nécessité :

  • d’Archiver et de Gérer l’ensemble des données numériques ;
  • de Protéger les informations récoltées, de les Sécuriser et de les Echanger avec les personnes concernées. Ces différentes étapes sont dans le processus d’intelligence économique.

La veille économique concerne le recueil de l’information, tandis que l’intelligence économique est une demande de la direction de l’entreprise pour connaître, et maîtriser dans la mesure du possible, la dynamique de son environnement. Bien sûr, l’intelligence économique doit mobiliser des moyens, humains et financiers, mais elle fait également appel à des méthodes de travail et des outils, informatisés ou non, pour le recueil et surtout l’analyse de cette information. L’information devient l’une des matières premières stratégiques de l’entreprise et le responsable d’une entreprise doit pouvoir trouver les aides nécessaires au moment des prises de décisions stratégiques.

Une schématisation du concept l’Intelligence Economique Stratégique peut être proposée à partir d’une partie du modèle hiérarchique décrit par Thomas Stearns Eliot en 1934 qui établit un lien entre la sagesse, la connaissance et l’information en partant des données. Le modèle proposé retient trois concepts ; « Donnée, Information, Connaissance » qui permettent de définir le concept global d’intelligence économique en mettant en valeur la place de « l’Information ». Notre concept global débouche sur la prise de décision et intègre la notion capitale de cycle dans l’Intelligence Economique Stratégique

1. Les Données : Accumulation de données n’est pas de l’information, ce sont des nombres, des mots, de événements existants en dehors d’un cadre conceptuel de référence. En l’absence de contexte, les données prises individuellement n’ont pas une grande signification. Les données sont des informations brutes.

2. Les Informations : Accumulation d’informations n’est pas connaissance, l’ensemble des données, traitées et transformées deviendront des informations, validées et confrontées, pour commencer à avoir un sens.

3. Les Connaissances : Accumulation de connaissance n’est pas sagesse – ici, « intelligence » ; seul l’ensemble des informations interprétées au sein de l’entreprise permet de justifier les choix des décideurs. L’information est au cœur de l’Intelligence économique et sa gestion stratégique est devenue l’un des moteurs essentiels de la performance globale des entreprises. Le processus de mondialisation des marchés contraint les agents économiques à s’adapter aux nouveaux équilibres qui s’établissent entre concurrence et coopération. Désormais, la conduite des stratégies industrielles repose largement sur la capacité des entreprises à accéder aux informations stratégiques pour mieux anticiper les marchés à venir et les stratégies des concurrents.

Février 2013, « Capitalisme global et nouveaux rapports Nord-Sud » par Sophie BOUTILLIER

Depuis le début des années 1990, sauf quelques exceptions, l’hégémonie du capitalisme est totale. Le marché, le libre-échange, l’entreprise et l’initiative individuelle sont pour l’immense majorité de la population mondiale l’espérance en un avenir meilleur, dans l’économie formelle ou informelle. L’Etat, y compris l’Etat social (assurance maladie, éducation, santé, retraite) a été qualifié de parasite, en octroyant aux pauvres le droit… à la paresse. La finance domine l’économie mondiale. Le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication et l’ensemble des mesures de libéralisation prises par nombre d’Etats au début des années 1980 ont transformé le monde en un vaste marché. Les matières premières (énergétiques, industrielles et agricoles) sont l’objet d’une spéculation effrénée, indépendamment des besoins physiologiques élémentaires des peuples. Les automates et les robots n’ont pas seulement investi les entreprises industrielles, mais aussi les banques et les marchés financiers. Des logiciels complexes ont été créés pour optimiser les gains des spéculateurs, détournant des connaissances et des ressources humaines de causes vitales (alimentation, santé, bien-être des populations).

La crise économique et financière actuelle s’inscrit dans une tendance lourde de recomposition continue de l’économie mondiale, telle qu’elle s’était dessinée au lendemain des accords de Yalta en 1944, en découpant le monde entre deux blocs géopolitiques, les Etats-Unis (capitaliste) et l’Union soviétique (socialisme). La période qui s’est écoulée entre 1944 et le début des années 1990 a été qualifiée de guerre froide, marquée à la fois par des affrontements entre l’Est et l’Ouest sur les plans technologiques (conquête spatiale notamment) et militaire. Pourtant, selon les continents la guerre a été aussi une guerre chaude. Au cours de ces décennies de multiples conflits militaires très meurtriers se sont déroulés (en Asie et surtout en Afrique), et nombre perdurent encore aujourd’hui. Aussi, si d’aucuns s’inquiètent de la possibilité d’une troisième guerre mondiale, d’autres considèrent qu’elle a commencé en 1944 sous des formes diverses dans différents parties du monde (dans des pays en développement). La guerre se justifie aussi pour des raisons de politique intérieure, pour détourner les populations des problèmes qui les touchent gravement (pauvreté, chômage notamment).

La pauvreté progresse au Nord comme au Sud. Des questions basiques comme l’alimentation et le logement que d’aucuns pensaient être résolus dans les pays du nord connaissent une actualité nouvelle, touchant des familles des classes populaires et moyennes. Le Nord et le Sud convergent vers la… pauvreté. Le cercle vicieux de l’endettement des Etats (en Europe et ailleurs) plongent les peuples dans l’indigence : pour réduire la dette, les dépenses publiques sont réduites, les impôts (directs et indirects) augmentent. La demande diminue. La croissance économique ralentit, aggravant du même coup le poids de l’endettement. Si la fin de l’histoire annoncée par F. Fukuyama devait se concrétisée par l’hégémonie du marché et de la démocratie, elle a été réduite à la domination du marché financier global.

Inégalités économiques, sociales, mais aussi environnementales. Poubelle de la planète (commerce des déchets dangereux, délocalisation d’entreprises à risques, etc.) le Sud est certainement plus durement touché que le Nord. Dérèglement climatique, négociations internationales infructueuses, aucune solution.

 

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