Editos du mois

Juin 2017, « Politiques d’innovation et développement », par Vanessa Casadella*

Les politiques d’innovation se révèlent indispensables dans la valorisation des processus d’innovation et diffusion des savoirs. Ces politiques, envisagées au sens le plus restrictif, c’est-à-dire tournées vers la S&T et la création de connaissances, mais plus souvent appréhendées dans une dimension plus large en y incorporant les politiques sociales, éducatives, d’apprentissage, ont une portée double : non seulement elles contribuent à la transformation économique des territoires et nations, mais elles accélèrent– de par leur portée volontariste– les divers enjeux portés par les multiples acteurs des processus d’innovation. En ce sens, portés par une dimension publique impulsée, créativité et synergies se construisent, se modèlent et se développent au cœur de territoires, de villes, d’Etats et de réseaux dynamiques.

Les numéros de la revue Innovations. Revue d’Economie et de Management de l’Innovation « Horizon Développement ! Créativité et Innovation » et « Innovation Boosters in Economic Systems » de Innovations. Journal of Innovation Economics & Management s’inscrivent dans cette lignée où les politiques publiques améliorent et contribuent à l’attractivité économique des territoires mais également où l’esprit d’entreprendre revêt une forte dimension, au-delà du contexte favorable qu’on souhaite lui créer. Dans cette dimension, ces numéros vont surtout revêtir une dimension internationale, portée par des explorations empiriques en Afrique du Nord, Subsaharienne (Sénégal, Cameroun, Pays du Maghreb), mais également dans des économies développées (Canada) afin de mettre en exergue la réalité des enjeux portés par les politiques d’innovation du Sud. Parmi ces enjeux, il y ceux liés au développement économique. Parce qu’il n’y a pas de développement sans innovation et d’innovation sans développement. Les deux s’inscrivent dans un auto-conditionnement mutuel, notamment dans la problématique des économies en développement où la pauvreté s’aggrave tout en générant de frappantes inégalités.

Grace à l’outil du Système National d’Innovation, les acteurs publics peuvent mesurer et apprécier la qualité des réseaux d’apprentissage et envisager la construction de capacités d’innovation dans une perspective de capacités et de développement économique à la Amartya Sen, comme fin et moyen. L’innovation étant un processus hétérogène, souvent structuré dans une logique de conflit dans le Sud, les clés de lecture de ces deux numéros vont donc présenter – à l’aune des différentes trajectoires historiques, sociales et culturelles- les caractéristiques et dysfonctionnements structurels et systémiques en relation avec les conditions de solidification de l’action publique. Au Cameroun par exemple, le Système d’Innovation revêt davantage la forme d’un projet que d’un réel objet. L’amélioration de la gouvernance globale est à accentuer, tout comme au Sénégal, où les politiques d’innovation doivent s’inscrire dans une perspective de construction de compétences et de développement économique. En Algérie, le Système National d’Innovation semble désarticulé et incomplet de par l’immaturité de ses différentes composantes. Là encore, la mauvaise gouvernance bloque la création et diffusion des savoirs dans l’économie. Lorsque d’autres auteurs comparent d’ailleurs la création technologique entre la Chine et les pays africains, les recommandations s’orientent d’ailleurs vers la lutte contre la corruption et les investissements portés dans le développement du capital humain. D’autres expériences peuvent toutefois être plus positives : c’est le cas, cette fois ci, du Canada, où un écosystème d’affaires résulte de l’action d’une communauté d’institutions intermédiaires et d’organisations publiques et privées sans aucun rôle donné aux grandes entreprises. La dynamique est bien présentée comme porteuse d’une réelle synergie entre acteurs-clés.

Nous devons constater que les politiques d’innovation dans un contexte mondialisé diffèrent d’un pays à l’autre, d’une sous-région à l’autre et de plus elles évoluent rapidement modifiant la trajectoire de développement des pays et des territoires.

* Université Picardie Jules Verne, CRIISEA, RRI

May 2017, « ‘Castrating’ a capable employee », by Fragiskos GAITIS

responsible for the Development of the Hellenic Food Authority (EFET)’s laboratories and for the organizing of Official Food Safety Controls for microbiological parameters in Greece.

How many times have you said « I can’t stand it anymore »? How many times have you thought of changing working environment in order to retrieve working tranquility and feeling of satisfaction for your work?

Unfortunately, this is a worldwide phenomenon (see article by Dr. Travis Bradberry for Huffington Post*), found both in public and private sector and is highly associated to the management quality of supervisors and/or employers. The vertical (top-bottom) evaluation which does not give the opportunity to lower hierarchy levels of employment, to evaluate their supervisors, perpetuates management failure thus resulting in lower productivity.

So, finally a capable, conscientious, hard working and ambitious employee, is transformed into a tired, indifferent, « castrated » one.

But what are the basic mistakes for such a transformation?

  1. Excessive workload

The correctly distributed work to employees on the one hand highlights their capabilities while on the other hand creates a sense of justice among them. Falling into the trap of assigning work to the « best » or the « fastest » is regarded more as a punishment, rather than as recognition. Ultimately this results to a « burned » employee who is looking for a way out, apparently with a sharp drop in productivity.

  1. No rewarding of the capable employees for their contribution

When there is no reward for continuing efforts, frustration grows and the appetite for improving shrinks. It is wrong to believe that the reward is always just money. Beyond the financial rewards, there are different forms of recognition that can maintain or even increase the performance of a « good » employee. A capable supervisor should know what could create euphoria in his staff.

  1. Poor connection between supervisor and employee

The relationship between supervisor and employee is fully associated with the supervisor’s knowledge of good management practices and of course the temperament of both. Human approach, diplomacy, compliance agreements and logical work assignments, are key points for proper management, while respect for the person in charge is a key point for productivity.

  1. Head under the microscope

In order for comments and suggestions being taken into account, the supervisor should be an example to follow, by means of working performance and overall behavior.

  1. Rewarding the inadequate

The “game” is lost once indifferent or “bad” employees are rewarded in anyway, due to friendship, politics, family relations or other types of relations with the supervisor.

  1. Capable employees are not helped to develop

A skilled manager must not only allow but also highlight the capabilities of its staff, which in the long term will turn to his favor. Failure to respect priorities and timetables and absence of targeting, creates an explosive mixture with guaranteed confusion.

All of the above along with many other of lesser importance, gradually lead a competent employee to a develop the so called “Burn Out Syndrome”, namely a long-term physical, emotional and mental exhaustion experience, caused by excessive and chronic stress due to concerns about the value of his work, gradually impacting on productivity, depriving the energy and good mood that existed before and giving birth to boredom and feelings that there is nothing else to offer. This topic will be discussed during the RNI’s Innovation Day 2017(6/12/2017) focused on the “Innovation at the frontiers of work and no work ». See : https://rrien.univ-littoral.fr/wp-content/uploads/2017/03/innovatin-day-2017.pdf

* How Complaining Rewires Your Brain For Negativity, 12/26/2016.

Avril 2017, « Innovations agro-écologiques et développement », par Ludovic Temple*

L’accroissement des inégalités mondiales de développement, les interrogations ouvertes par l’accélération du changement climatique, les nouvelles crises alimentaires et les transitions techniques : numérique, énergétique, biotechnologique convergent pour un changement de paradigme technologique dans l’agriculture l’alimentation. Cette acception reconnue organisations internationales (Banque mondiale, Unesco, OCDE…) ouvre une controverse sur le modèle économique qu’elle mobilise ou renforce.

Le premier modèle repose sur l’industrialisation de la fonction de production par la standardisation des intrants utilisés pour produire des biens agricoles et alimentaires. Il repose sur la recherche d’économies d’échelle, la concentration et la spécialisation des exploitations et des territoires. Ce modèle efficace en termes de productivités sous-tend une trajectoire d’innovation polarisée par l’affranchissement de l’activité de production de l’écosystème naturel et social. Il réduit la diversité de ces derniers à une contrainte qu’il faut homogénéiser. Un deuxième modèle économique sous-tend une agriculture basée sur des modes de production plus familiaux. Il se fonde plus sur les potentialités des écosystèmes naturels, sociaux. Il s’appuie sur les structures sociales de production dans leur diversité. Ces deux modèles convergent dans la reconnaissance du caractère inadapté du modèle d’innovation diffusionniste de conception de l’invention par la recherche scientifique et de son transfert du laboratoire aux agricultures mondiales. Cette convergence peut s’analyser par le concept de système d’innovation (et, plus particulièrement, par l’étude des agricultures intertropicales des pays en développement : par exemple, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Haïti, Madagascar, Sénégal) et sur différents processus d’innovation (agro-écologie, biotechnologie, bioénergie). Voir, le dernier numéro de Technologie et Innovation : https://www.openscience.fr/Innovations-agro-ecologiques-et-Developpement

Pour quelles raisons la coévolution entre l’adaptation des modèles d’innovation et les trajectoires technologiques qui écologisent les pratiques agronomiques a des impacts différents sur le développement ? Les études de cas confirment l’intégration croissante de recherches inclusives des acteurs dans les processus d’innovation. Elles qualifient une évolution collaborative ouverte des modèles d’innovation mobilisés. Les modalités d’ouverturese révèlent comme une explication potentielle des impacts de la recherche sur le développement. Une deuxième condition favorable à ces impacts est repérée dans les processus qui réduisent la pénibilité du travail ou qui renforcent la capacité d’innovation des agriculteurs pour autoproduire des intrants à partir de ressources locales. L’élaboration de politiques d’innovation et de recherche focalisées par le bien public au regard des attentes sociétales locales s’en trouve interpellée.

* CIRAD UMR Innovation, Montpellier

Mars 2017, « Continuité et fertilité d’innovation du système technologique contemporain », par Smaîl Aït-El-Hadj*

Un courant d’innovation sans précédent a fertilisé ces vingt dernières années, de 1995 à aujourd’hui, ère de la « convergence » renouvelant considérablement les produits, les formes de communication, les manières de produire… et bouleversant massivement notre mode de vie. La numérisation généralisée, combinée au développement des réseaux et notamment internet, s’impose au cœur de ce nouveau gisement d’innovation. En complément, la création  de nouveaux matériaux régénère la plupart des systèmes techniques, alors que la maîtrise de l’infiniment petit et de la génétique concrétise les promesses de nouvelles formes d’amélioration de la santé humaine. Ceci, alors que la contrainte environnementale commence à s’imposer comme un facteur majeur de mutation technologique notamment dans le domaine clef des énergies. Or cette dynamique technologique de ces vingt dernières années, n’est pas un mouvement nouveau sorti de rien, elle peut être utilement analysée comme la deuxième vague d’innovation d’un troisième système technologique qui a émergé à la fin des années 1970.

Qu’est-ce alors qu’un système technologique ? C’est la formalisation de l’ensemble des technologies d’une période vu comme un système interdépendant et cohérent. Cette modélisation fait appel aux concepts de la systémique technologique, nés dans les années 1980, avec des instruments d’analyse de la structure d’organisation de la technologie, de sa dynamique d’évolution, et des transitions entre ses phases. Ces instruments permettent notamment de présenter et caractériser les systèmes technologiques historiques, d’en modéliser la dynamique spécifique et les modalités de transition. Ainsi cette approche nous permet de construire la structure et la dynamique de ce que l’on peut considérer comme le système technologique contemporain, après celui de la révolution industrielle anglaise, et le deuxième système, que nous avons caractérisé comme le système mécano-électro-chimique du nom de ses technologies génériques et qui a déployé une gigantesque mutation technologique de 1880 à 1975.

Cet outil d’analyse, a permis la compréhension de la dynamique en deux temps de l’actuel  système technologique, qui a exploré et exploité sur une quarantaine d’années les potentialités des technologies génériques, de l’information, des biotechnologies, des matériaux nouveaux et des énergies renouvelables. Il amène à la question des limites de ce système, face à la contrainte environnementale majeure, et celle de sa capacité à se régénérer pour y faire face. L’alternative pouvant être une nouvelle révolution technologique avec la mise en place d’un nouveau faisceau de technologies génériques permettant de répondre aux contraintes et défis d’un développement technologique en harmonie avec l’environnement. Ceci dépendra de la résilience des technologies génériques du système contemporain, de leur capacité à assumer cette transition majeure.

* Professeur ITECH

Février 2017, « TECHNO-SCIENCES EN SOCIETE : Innovation, standardisation, légitimations », par Jean-Claude Ruano-Borbalan*

Depuis les années 1960-1970, de puissants facteurs de changements sont à l’œuvre dans les institutions et systèmes de production de recherche et de connaissance : La techno-science est désormais définitivement triomphante et constitue l’épine dorsale de ce qu’il est convenu de nommer, au sein des «Sciences and technology studies» le régime dominant de production des savoirs . L’une des caractéristiques de ce régime de production scientifique est sa croissance spectaculaire ainsi que sa standardisation mondiale, dans le cadre d’institutions de recherches publiques et privées dotées de financements importants.

La conception dominante au sein des communautés scientifiques voyait jusqu’alors la recherche comme quête désintéressée de la vérité et du savoir (indépendamment de la configuration institutionnelle réelle). Inversement, dans les trois ou quatre dernières décennies, l’utilité directe de la connaissance à été progressivement mise en avant, pour résoudre des défis sociétaux ou industriels. Les rapports de la science au développement économique général, au travers de l’innovation, principalement techno-scientifique, sont devenus centraux.

La livraison du numéro spécial de Innovations, Revue d’Économie et de Management de l’Innovation (I-REMI) est centrée sur les processus historiques de légitimation de la connaissance techno-scientifique (voir : https://www.cairn.info/revue-innovations-2017-1.htm). Il souligne grâce à des approches pluridisciplinaires (histoire, sociologie, etc.) que la production des connaissances et ses institutions sont demeurées pour l’essentiel disjoints de la stricte « utilité » économique, du moins jusqu’à une période fort récente. Ils ont été cadrés par les formes de l’enseignement supérieur, de l’éducation et de la diffusion des cultures techniques ou scientifiques à visée émancipatrice, ainsi que leur lien historique avec la forme démocratique, depuis au moins le 18ème plus fondamentalement le 19ème siècle industriel.

Ce numéro engage à penser la complexité des cadres de transfert et d’interaction entre la connaissance, la recherche scientifique, la société et l’économie. Il invite à s’interroger sur la longue tradition d’alliance entre rationalité scientifique, la généralisation scolaire puis universitaire et l’approfondissement démocratique. Toutes ces institutions ou systèmes de pensée qui y sont liés se trouvent aujourd’hui comme hier transformés en permanence par l’évolution des cadres et outils issus de la production techno-scientifique.

Il souligne que, au delà des visions futuristes de la technologie, de l’intelligence collaborative ou du savoir distribué, les technologies numériques ou de communication ont plutôt renforcé le mode de production dominant de production et de distribution de la connaissance, universitaire et scientifique. Le numéro montre que la généralisation des outils digitaux dans la production et l’évaluation scientifique ainsi que dans son transfert médiatique est aussi, si ce n’est avant tout, un formidable renforcement de la standardisation de tout le régime et des institutions de production de la connaissance, comme d’ailleurs de la circulation et appropriation desdites connaissances au sein de l’économie ou de la société.

Les rapports sciences, technique et société, vus au prisme de la circulation des savoirs scientifiques et techno-scientifiques, sont contraints par les formes institutionnelles ou organisationnelles. Le numéro du Journal of Innovation Economics and Management intitulé «Technology, science and society: norms, cultures, and institutions matter» (voir: https://www.cairn.info/revue-journal-of-innovation-economics-2017-1.htm) examine précisément les rapports entre techno-sciences, innovation et structures institutionnelles.

Il faut rappeler que les années 2000 et suivantes, jusqu’à aujourd’hui, sont celles de la généralisation de la justification des savoirs et politiques de culture scientifiques par l’innovation. Celle-ci étant vue prioritairement, dans les politiques publiques, comme techno-scientifique, industrielle mais aussi de plus en plus conçue comme multiforme et particulièrement liée à la digitalisation de la communication ou aux modélisations de la science et de la vie économique, politique et sociale (liée aux usages, à la consommation et à la citoyenneté par exemple).

Ainsi, l’innovation est devenue une sorte d’horizon général et conditions de possibilités. Prophétie auto-réalisatrice dans le champ de la connaissance techno-scientifique et des cultures afférentes, elle oriente et justifie de plus en plus toutes les politiques de transformation institutionnelles et de standardisation du régime dominant de production des savoirs légitimes.

Le numéro montre que les idéologies et les cultures organisationnelles, les normes et standards ou la démocratie sont cruciales pour comprendre les liens entre science, technologie et société, l’innovation et les transformations économiques ou techno-scientifiques contemporaines. Le numéro spécial du Journal of Innovation Economics and Management, démontre la nécessité de considérer non seulement les échelles d’analyse macro-sociales et macro-économiques dans la compréhension des rapports sciences, techniques et sociétés, mais aussi et fortement, les échelles territoriales, individuelles, micro- sociales et micro- individuelle. Là ou l’action et la connaissance sont «situées», inscrites dans des rapports de pouvoir, des conflits de normes, des rationalités contradictoires et s’organisent en « ordres locaux» et réseaux multiples. Aux échelles, reconnues de plus en plus comme pertinentes, et qui nécessitent des approches systémiques, pluridisciplinaires et où se pose de manière renouvelée la question du sens de l’innovation ou de la production de connaissance.

* Professeur du Cnam
Chaire de médiation des techniques et des sciences en société
Directeur, laboratoire HT2S (UA 3716 ) Conservatoire National des Arts et Métiers
Histoire des techno-sciences en société
Responsable de la recherche, Centre Michel Serres pour l’innovation HeSam
Membre de l’IFRIS (Institut Francilien de Recherche Innovation et Société)
jean-claude.ruanoborbalan@lecnam.net

Janvier 2017, « Le rôle des open labs dans les processus créatifs des organisations », by Ignasi Capdevila*

Au cours de la dernière dizaine d’années, de nombreux nouveaux espaces collaboratifs ont émergé, au sein d’organisations ou portés par des entrepreneurs indépendants. Au-delà de la diversité de dénominations (Fab Labs, Living Labs, hackerspaces/makerspaces, TechShops, espaces de coworking), le terme open lab défini d’une manière plus englobante et générique ce phénomène. Un open lab fait référence à « un lieu et une démarche portés par des acteurs divers, en vue de renouveler les modalités d’innovation et de création par la mise en œuvre de processus collaboratifs et itératifs, ouverts et donnant lieu à une matérialisation physique ou virtuelle » (Mérindol et al., 2016).

Certains open labs se sont développés par des initiatives privées soutenus par un petit groupe d’entrepreneurs (comme par exemple la plupart des espaces de coworking) ou par une communauté intéressée par un domaine spécifique (comme c’est le cas des hackerspaces où se rassemblent des bidouilleurs). Dans d’autres cas, les open labs ont été créés dans des organisations, soit dans des institutions publiques -comme des universités-, soit dans des entreprises. De nombreuses entreprises en France (Air Liquide, Alcatel Lucent, Bouygues, Dassault systèmes, EDF, PSA, Renault, SEB, SNECMA, SNCF, …) ont créé un open lab au sein de leur organisation dans une démarche d’innovation ouverte, pour faciliter la collaboration entre leurs employés et pour aider au développement de nouvelles idées et prototypes qui potentiellement pourraient aboutir à un produit exploitable commercialement.

La création des open labs d’entreprise peut être à l’origine d’une démarche des salariés (dynamiques « bottom up ») ou des gestionnaires (dynamiques « top-down »). Dans tous les cas, le succès des open labs requiert de la combinaison des deux dynamiques : d’un côté, de la motivation et participation active des employés et, de l’autre, du support des managers. Ces initiatives contribuent à mettre en œuvre l’ambidextrie organisationnelle, en renforçant les activités d’exploration, invention et idéation, qui pourront potentiellement donner lieu à l’exploitation commerciale des résultats.

Néanmoins, pas seulement les open labs dans des organisations contribuent au développement de la créativité collective des entreprises. Les open labs qui se sont développés hors des entreprises participent souvent aussi à alimenter la créativité des organisations. Dans un contexte d’innovation ouverte, les entreprises visent à détecter et utiliser la créativité distribuée dans leur environnement local pour alimenter leurs processus d’innovation. Pour cela, de nombreuses entreprises collaborent avec des open labs de leur environnement pour renouveler leurs approches de la créativité et de l’innovation. Par exemple, des open labs de la région parisienne comme ICI Montreuil, UsineIO, ou Liberté Living Lab collaborent avec des entreprises pour co-développer des nouveaux produits en mobilisant leurs experts et les membres de leurs espaces.

Les open labs permettent aux entreprises d’introduire une nouvelle culture digitale en favorisant l’esprit « maker » dans leurs équipes. Une approche exploratoire interdisciplinaire basée sur le prototypage rapide et l’essai-erreur permet également de gagner en flexibilité et en efficacité, ainsi que de réduire le time-to-market. Aussi, en participant dans les communautés de makers dans des open labs extérieurs, les entreprises permettent de sortir de leur zone de confort et d’alimenter leurs processus créatifs avec les nouvelles idées et connaissances fruit de rencontres improbables.

* Professeur associé, PSB Paris School of Business
Mérindol, V., Bouquin, N., Versailles, D. W., Capdevila, I., Aubouin, N., Le Chaffotec, A., Chiovetta, N., Voisin, T. (2016). Le Livre blanc des Open Labs: Quelles pratiques ? Quels changements en France ?, Paris.

 

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