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Technosciences et participation citoyenne par Jean-Claude RUANO-BORBALAN1 et Bertrand BOCQUET2


Ce dernier demi-siècle a vu un développement considérable d’interfaces institutionnelles, publiques ou privées, avec la sphère technoscientifique et industrielle, notamment au travers de la mise en place dans les principaux pays de l’OCDE de puissantes politiques publiques de recherche et d’innovation. Ce mouvement s’est accompagné d’une optimisation grandissante des procédures de production de la connaissance scientifique, des définitions disciplinaires (nomenclature Frascati de l’OCDE par exemple), ainsi que des « produits » issus des activités scientifiques ou technoscientifiques : articles, colloques ou brevets. Cette «grande standardisation» de la science et des technosciences est passée par une internationalisation et une comparabilité (évaluation de plus en plus prégnante). Elle a pour but explicite de garantir une meilleure efficacité des processus de transferts de connaissances vers des activités économiquement solvables et cherchant une « utilité industrielle » forte. Cette optimisation et rationalisation des systèmes scientifiques et d’innovation fait l’objet d’un nombre croissant de recherches tant pour en comprendre l’ampleur et en améliorer l’analyse que pour proposer des modélisations susceptibles d’être transposées.

Aujourd’hui donc, l’OCDE comme l’Union Européenne ou les divers ministères de la recherche et de l’industrie et enfin les villes et gouvernements territoriaux, promeuvent des « système nationaux de recherche et d’innovation » extrêmement sophistiqués, destinés dans la rhétorique européenne par exemple, à répondre aux «défis» contemporains et selon toutes les institutions à développer la croissance économique. Ces institutions et les politiques publiques instaurées ont accompagné la mise en œuvre d’une diversité d’outils et de dispositifs allant du transfert de technologie à la création de pépinières d’entreprises, de la gestion de plus en plus complexe de portefeuilles de propriétés intellectuelles jusqu’au soutien direct et organisé à la créativité entrepreneuriale. Ces politiques et institutions ont eu des effets massifs et généralisés, en termes de développement technologique ou industriel mais restant essentiellement sous la forme de processus d’innovations linéaires, aussi bien industrielles que de gestion.

Toutefois, on constate depuis un demi-siècle environ, des mutations idéologiques et politiques liées à l’approfondissement de l’individualisation dans la «post-modernité», renforçant les sensibilités aux risques de toutes natures (santé, environnement, etc.). On assiste également et conjointement à des transformations dans les formes de la mobilisation politique et sociale (conception du bien commun et de la démocratie par exemple). On constate, enfin, des évolutions fortes, dont les plus marquantes et novatrices s’inscrivent dans le contexte d’une démocratie plus délibérative et «participative». En retour, et par un phénomène de boucle de rétroaction, ce mouvement de réappropriation impacte nécessairement la production et les institutions scientifiques ou techniques et bien entendu la nature et les politiques de l’innovation.

Plus d’analyse, voir : http://www.openscience.fr/Innovations-citoyennes

A propos des auteurs : 

1 Laboratoire Histoire des Technosciences en Société, CNAM, Paris, France, jean-claude.ruanoborbalan@lecnam.net
2 Laboratoire Histoire des Technosciences en Société, CNAM, Université de Lille, France, Bertrand.Bocquet@univ-lille.fr